Le second opéra de Verdi représenté à Orange cet été a fait recette en clôture des Chorégies

Otello plébiscitéVu par Zibeline

• 5 août 2014 •
Le second opéra de Verdi représenté à Orange cet été a fait recette en clôture des Chorégies - Zibeline

Le mardi 5 août au Théâtre antique d’Orange a lieu la dernière production des Chorégies 2014. Les caméras sont là, filmant pour la télévision l’événement. Le public, entassé par milliers sur les gradins de pierre, attend que l’heure sonne, que s’ouvre l’opéra par les fracas symphoniques d’une tempête. C’est Otello qui débarque et chante sa victoire par la voix de Roberto Alagna, ténor magnifique incarnant pour la première fois le rôle du Maure shakespearien. La musique est de Verdi : peut-être la plus belle qu’il n’ait jamais portée à l’opéra. Au pied de la scène siège un orchestre énorme, symphonique hypertrophié qui, chaque été vauclusien, donne des sueurs froides aux chanteurs. «Parviendrais-je à passer la rampe ?» doit-on se dire en coulisse. Cette nuit-là, c’est l’Orchestre Philharmonique de Radio France qui soutient ce formidable drame de la jalousie. Il suit à la baguette le maestro Myung Whun Chung dans les tourments qui hantent les personnages. Un immense miroir brisé occupe le plateau : s’y reflètent parfois les images d’Otello et Desdemona, couple dont on suit en quatre actes la destruction progressive. Autour, ce sont les Chœurs des Opéras d’Avignon, Marseille et Nice qui donnent du coffre, avec le secours des jeunes pousses de la Maîtrise des Bouches-du-Rhône. Que de monde sur scène ! On en prend plein les yeux et les oreilles : c’est cette magie particulière qui opère à Orange.

Dans le rôle titre, Alagna s’applique. Veut-il racheter sa défaillance de l’an dernier ? Il joue à merveille, connaît le théâtre romain et la façon d’appréhender l’espace particulier du lieu. Il fait front, jusqu’à la dernière partie où, sur le cri, il compensera dans le mouvement théâtral la démesure vocale du rôle. Démesure ?… est un mot que ne connaît pas le baryton Seng-Hyoun Ko. La puissance qu’il développe dans le rôle diabolique d’Iago est purement irrationnelle ! Bête de scène, il saute de tous côtés avec une énergie débordante. La Desdemona d’Inva Mula est sublime : elle parvient à résoudre la difficile équation du rôle qui exige d’allier une largeur vocale à une innocence candide, sacrificielle, éminemment émouvante.
Rendez-vous l’an prochain !

JACQUES FRESCHEL
Septembre 2014

En 2015, les deux opéras donnés à Orange seront Carmen avec Jonas Kaufmann (Don José) et Il Trovatore avec Roberto Alagna dans le rôle titre. Des valeurs sûres !

Photo : Otello, Chorégies d’Orange © Philippe Gromelle