Romances Inciertos, exceptionnel spectacle de François Chaignaud, vu à Montpellier Danse

Orlando tourne encoreVu par Zibeline

• 19 février 2019 •
Romances Inciertos, exceptionnel spectacle de François Chaignaud, vu à Montpellier Danse - Zibeline

« Ne pleure pas, Tarara, avec tant de peine. Car si tu pleures, je pleurerai avec toi. » Ce sont les derniers mots, prononcés en espagnol, les derniers sons de Romances Inciertos. Ils sont chantés les yeux dans les yeux, ceux du chorégraphe François Chaignaud caressant ceux d’une très jeune spectatrice un peu gênée. Puis tout s’éteint, et une salve d’applaudissements surgit, tant les mains brulaient de célébrer ce moment d’évidence. Parfois, tout est tellement limpide en effet. Le propos. La forme. L’énergie. Le sens. Alors, l’émotion peut occuper sa place, impériale. Habiter tous les instants de la pièce, nue, pure, brute. Et, lesté des informations préliminaires –le spectacle croise des musiques espagnoles de tradition orale, des poèmes, des épopées qui traversent les siècles, où personne n’est ce qu’il dit être, où les genres s’interpénètrent-, on se laisse happer par la sensation de partager quelque chose d’exceptionnel avec ses voisins de salle.

Le sous-titre donne une piste : Un autre Orlando. Virginia Woolf n’est pas loin, la translation est naturelle. Homme et femme ne demandent qu’à se mélanger et brouiller les cartes. Les pas de danse mutent, s’évadent dans l’interstice entre tradition et académisme. Un élan vers le flamenco, un tour vers le boléro, un saut vers la jota. François Chaignaud ne reproduit pas, il incarne le geste, il le réinvente jusqu’au bout de ses ongles démesurés. Trois actes, trois Romances chantées, conçues par le chorégraphe avec l’artiste Nino Laisné, directeur musical, pour trois destins de femmes, des héroïnes amoureuses et guerrières, travesties pour combattre ou maltraitées parce qu’androgynes. D’abord pieds nus, puis sur des échasses, et sur pointes, enfin sur des talons aiguille vertigineux, François Chaignaud tourne, tourne, tourne. La musique jouée sur scène par quatre solistes, qui eux aussi associent magnifiquement les styles (bandonéon, violes, théorbe, guitare et percussions historiques), garde l’équilibre. La voix contre-ténor du danseur ne fléchit pas. Et ce corps démultiplié, magnifié, exprime sa liberté par tous les pores.

ANNA ZISMAN
Novembre 2018

Romances Inciertos, Un autre Orlando a été joué le 9 novembre à l’Opéra Comédie de Montpellier, en ouverture de la saison de Montpellier Danse

À venir
19 février
Cratère, Alès
04 66 52 52 64
lecratere.fr

Photo : Romances inciertos © Nino Laisné

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