Le premier roman de Makenzy Orcel

Oratorio vivace

Le premier roman de Makenzy Orcel - Zibeline

Un premier roman comme une pierre précieuse taillée dans les décombres du grand séisme qui a ravagé Port-au-Prince en 2010 : voilà ce qu’offre généreusement et sans prétention aucune  Makenzy Orcel. De toutes les voix qui montent des Immortelles et finissent parfois par se confondre de manière troublante, il n’en est pas une qui ne souffle vigoureusement la liberté et le désir de vivre, à commencer par celle de la narratrice anonyme captée et retranscrite par l’écrivain «à compte de sexe». Ériger alors que tout est à terre, honorer la lie de la société (prostituées de la Grand Rue comme allégories du double écrasement) et dégager patiemment la beauté qui ne meurt jamais : programme d’urgence de toute vraie littérature qu’honore à sa manière le tout jeune auteur haïtien. Raconter la petite, vie et mort d’une pute, figure gracieusement mythologique du bordel (arrive à l’âge de 12 ans, fréquente 12 ans le professeur de littérature et les romans de Jacques Stephen Alexis, met 12 jours à mourir sous le béton…) c’est faire flotter le poème au-dessus de la prose «Moi, je veux qu’on commence par la poésie. Elle aimait la poésie». Les mots se serrent au cœur de la page et laissent parler le blanc, invitation peut-être lancée au lecteur à «écouter au-delà du silence des autres et à voir au-delà de leur regard». L’écriture est simple et pleine ; le lyrisme bien digéré ; pas question de faire couleur locale sinon à travers la force singulière d’expressions imagées qui disent tout un monde : caca-sans-savon pour l’enfant sans père ou Géralda-granddevant pour l’accueillante pute-trottoir… Hommage paradoxal à la mère que l’on fuit mais qui vous trouve en se faisant fille (12 passes par jour) et à l’éternel fils de pute, gage que l’histoire n’est pas finie… «Souhaite-moi bonne chance» dit le dernier feuillet. «Tiens bon» répondent les autres en chœur.

MARIE-JO DHO

Novembre 2012

 

Les Immortelles

Makenzy Orcel

Zulma, 16,50 €

 

Makenzy Orcel, qui était présent aux Correspondances de Manosque, y est aussi écrivain en résidence jusqu’en décembre