La Compagnie Nationale de Chine d’Opéra de Pékin invitée à Marseille

L’Opéra de Pékin : un spectacle totalVu par Zibeline

• 24 octobre 2014⇒25 octobre 2014 •
La Compagnie Nationale de Chine d’Opéra de Pékin invitée à Marseille - Zibeline

Dans le cadre du 50e anniversaire des relations diplomatiques entre la France et la Chine, la Consule Générale de Chine Yu Jinsong et Martine Vassal, Déléguée aux Relations internationales, se félicitent de la pérennité de ces relations entre les deux pays et plus particulièrement entre Shanghai et Marseille. La Compagnie Nationale de Chine d’Opéra de Pékin, fondée en 1955, rattachée au ministère de la Culture de la République Populaire de Chine, est l’invitée de l’opéra de Marseille. On découvre La Légende du Serpent Blanc : 40 acteurs, danseurs, chanteurs, acrobates, musiciens… spectacle populaire féerique aux costumes traditionnels chatoyants. Le Serpent Blanc et le Serpent Bleu, immortels, redeviennent mortels pour goûter aux plaisirs des humains et retrouver Xu Xian, un amour de jeunesse, qui avait autrefois charmé le Serpent Blanc (la jolie Bai Suzhen), interprété par Li Shengsu, star en Chine, actrice accomplie. Sur le pont brisé, près d’une berge, un passeur les réunit : coup de foudre entre Bai (Blanche) et Xu, amoureux transi ; tout va très vite : ils se marient, vivent heureux ! Le Moine du Temple de la Montagne d’Or, jaloux, fera tout pour les séparer. Il demande à Xu de faire boire à sa femme un philtre ; celle-ci redevient serpent. Choqué, le jeune homme meurt. Bai tente alors de trouver un champignon magique pour ressusciter son mari. Elle réussit par amour, courage, générosité à cueillir le champignon magique !

Décors réalistes, naïfs, voix très aiguës, falsetto, ornements, récitatifs lents et souples, on est très loin de nos échelles musicales. De grands intervalles, tessitures incroyables, rappelant le Sprechgesang schönbergien plus que le Bel Canto ! On retrouve la dualité Yin-Yang dans les couleurs, formes, motifs, entrées, longueurs de manches, attitudes ; deux ensembles instrumentaux sont placés côté Cour : cordes et vents (luth, vièle, flûte, hautbois…), où le soleil se couche, partie sombre du Yin, et côté Jardin, percussions, instruments «mâles» (cymbales, gongs, tambours à peau et claquettes…) où le soleil se lève. Mélodies et poésies sont du côté féminin, combats et acrobaties sont du côté masculin. Yin et Yang sont complémentaires. Mais ces codes peuvent être déviés. Car, dans cette pièce de Tian Han, le metteur en scène Li Zigui a réglé des combats extraordinaires où Bai Suzhen est d’une agilité, d’une force troublantes : la scène des bâtons avec reprise de volée au pied (comme au foot !) est d’une étonnante dextérité. Blanche doit passer mille épreuves pour trouver le champignon qui sauvera son mari. Elle fait face au Moine, à son gardien, aux gardes impressionnants. La fidèle servante (Bleue) est Dai Zhongyu, sensuelle et puissante, plane sur la scène. Jiang Qihu (Xu), rôle masculin principal, voix perçante, souple, aux incroyables inflexions. Bien sûr, on a envie de sourire parfois à ces sons stridents, perçants, ces mimiques forcées, ces motifs aériens en glissandi qui semblent ne jamais aboutir, postures caricaturales (pleurs de Xu aux reproches de sa femme !). Pour l’occidental amusé, mais ignorant de la langue et des règles, l’opéra chinois apparaît bruyant, l’intense tapage des percussions métalliques étant parfois insoutenable. Pantomimes, acrobaties divertissantes, sans les palettes de nuances nécessaires aux variétés d’expressions. Mais pour le chinois, le théâtre est un lien fort, mémoire poétique et musicale, non réservée aux initiés. On est loin de l’opéra européen, né pour distraire les Princes. On entre peu à peu avec plaisir dans cet univers coloré de scènes variées, malgré des stéréotypes répétitifs très marqués : percussions pour les scènes violentes, grands accents de gongs sur les moments de colères, cordes et vents pour les scènes de séduction : 10 scènes comme autant de peinture : Près du Lac, L’Alliance, La Médisance, Le Moine, A la recherche des champignons magiques… On suit ces tableaux figuratifs et naïfs avec attendrissement. De puissantes chorégraphies entourent des scènes plus intimes. On est finalement séduits et on se laisse envoûter par cette légende et cette création touchante, mémoire millénaire de cet art majeur, fait de force et raffinement, qui défend avec tant de grâce ses légendes séculaires où le lettré et l’illettré se retrouvent, loin de nos clichés européens.

YVES BERGÉ
Octobre 2014

La Légende du Serpent Blanc a été donné à l’Opéra de Marseille les 24 et 25 octobre

Photo : Legend of the White Snake © X D R

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