Pourrières : L'Opéra au Village fête ses dix ans dans l'exotisme et l'« anthropophagie musicale »

Opéra Bouffe !Vu par Zibeline

• 24 juillet 2014 •
Pourrières : L'Opéra au Village fête ses dix ans dans l'exotisme et l'« anthropophagie musicale » - Zibeline

C’est une belle histoire que celle de L’Opéra au Village, un festival unique, fruit d’une convergence d’envie, de talents et d’énergie ! Car l’idée est de monter des ouvrages rares, opéras comiques oubliés, à Pourrières, un petit village situé à la frontière des Bouches-du-Rhône et du Var. L’hiver l’association accueille des concerts dans une belle salle voûtée du Couvent des Minimes, érigé de ses ruines depuis 1966 par le maître des lieux Jean de Gaspary. L’été, jusqu’à cette année, le cloître accueillait les spectacles d’opéra entre les vieilles pierres, autour d’un marronnier séculaire… On regrettera sans doute ce bel espace voué un mois durant à l’art lyrique, car le festival estival changera de cadre en 2015.

Avant le concert, il est de tradition de partager un repas sur une longue terrasse abritée de hauts marronniers : toute l’équipe de bénévoles, du village ou d’ailleurs, s’active, sous la houlette du chef Patrick Guillaud, pour préparer et servir près de 120 couverts, cinq soirées durant. Après ce moment de convivialité, on prend place dans cour intérieure : la nuit tombe à point et le spectacle commence.

Pour fêter leurs dix ans, ce sont deux pochades en un acte signées Adolphe Adam et Jacques Offenbach qui ont été exhumées du milieu du 19ème siècle par l’équipe artistique. Luc Coadou dirige un petit ensemble instrumental et Bernard Grimonet met en scène un plateau de jeunes chanteurs dont l’abattage transcende des livrets qui, s’ils fleurent bon la loufoquerie exotique, mâtinée du thème de l’« île » chère à la littérature depuis Bernardin de Saint-Pierre ou Marivaux, ne sont pas pour autant des chefs-d’œuvre. La musique est légère, les thèmes et refrains entêtants : tout y est festif, voire absurde et plutôt déjanté, surtout dans Vent du soir ou l’horrible festin d’Offenbach, une bouffonnerie traitant sur un mode quasi surréaliste du… cannibalisme ! Dans Pantins de Violette ultime opus d’Adam, une sucrerie lyrique dédiée à sa fille, on est un peu chez Hoffmann et ses pantins mécaniques, et l’on assiste à la naissance de l’amour chez deux enfants élevés, tels Paul et Virginie, à l’état de Nature.

Au bout du spectacle, on est non seulement ravis de cette plongée dans un répertoire original, des sources d’inspirations chères au romantisme français, si peu chanté qu’on l’oublierait, et d’avoir suivi les fantaisies scéniques et vocales d’une jeune génération de chanteurs/acteurs talentueux (dont une partie fait déjà les beaux jours de la Troupe Lyrique Méditerranéenne) : Marion Rybaka, Claire Devy, Emilie Cavallo, Mikhaël Piccone, Pierre Espiaut, Guilhem Chalbos et Denis Mignien.

JACQUES FRESCHEL
Juillet 2014

L’Opéra au Village jusqu’au 28 juillet

Photo © Bernard Grimonet