Vu par Zibeline

La Traviata en version de poche à La Tour d’Aigues

Opéra au clair de lune

La Traviata en version de poche à La Tour d’Aigues  - Zibeline

Le Festival Durance Luberon, porté à bout de bras par son équipe de passionnés (et bénévoles !) propose pour sa 22ème édition une version « de poche » de l’un des opéras les plus célèbres de Verdi, La Traviata. Inspirée du roman d’Alexandre Dumas fils, La Dame aux camélias (1848) et de son adaptation théâtrale (1852), l’œuvre de Verdi sur un livret de Francesco Maria Piave est le drame romantique par excellence.

Sous la houlette du génial pianiste Vladik Polionov, voici Violetta (Christelle di Marco), Alfredo Germont (Rémy Poulakis), Giorgio Germont (Patrick Agard), Gastone, Vicomte de Letorières (Jeremy Pappalardo), Annina (Karine Andreo), le baron Douphol (Xavier Fabre), le marquis d’Orbigny, le docteur Grenvi (tous deux par Stéphan Poitevin), qui interprètent dans un décor minimaliste mais efficace les quatre tableaux de l’intrigue, la fête et la rencontre amoureuse chez Violetta, (La Traviata, ou la « dévoyée »), l’Éden campagnard qui abrite les amants, le retour parisien pour le banquet tragique chez Flora, enfin, l’appartement dénudé où Violetta meurt accablée par le chagrin et la phtisie. Les feuilles de salle, remarquablement bien faites et documentées, retracent les carrières des interprètes, et donnent les grandes lignes de l’argument, tandis que Vladik Polionov (au piano) livre avant chaque tableau la teneur de l’intrigue, puis accompagne avec une grande finesse les chanteurs, les attend, laisse à la théâtralité de l’opéra le temps d’éclore.

Christelle di Marco, souveraine, offre à son rôle une interprétation habitée, sait accorder aux variations des sentiments la largeur de sa voix, passe des éclats aux murmures avec une aisance déconcertante, la technique belcantiste sûre autorise tous les élans. Lumineuse jusque dans les instants désespérés, la jeune soprano est bouleversante d’expressivité, et malgré leurs qualités, ses comparses en sont un peu ternes, même si les Germont père et fils tirent vaillamment leur épingle du jeu, le ténor par un beau sens de la mélodie et le baryton par son autorité sévère. Le tout dans l’écrin onirique de la cour du château de La Tour d’Aigues, alors que la pleine lune se lève derrière la tour d’angle. Le public est debout pour ovationner l’indiscutable performance des artistes, non sonorisés (et sans retour plateau) qui ont su enchanter la nouvelle fraîcheur estivale.

MARYVONNE COLOMBANI
Août 2019

Concert donné le 16 août, cour d’honneur du Château de La Tour d’Aigues, dans le cadre du Festival Durance Luberon et de Musiques à voir.

Photographies © Bertrand Périsson