Les Musées de Marseille commémorent le tricentenaire de la peste

« On ne trouve plus où poser le pied »Vu par Zibeline

• 3 décembre 2021⇒28 février 2022 •
Les Musées de Marseille commémorent le tricentenaire de la peste - Zibeline

Quand la peste ravageait Marseille : deux passionnantes expositions commémorent le tricentenaire de la grande pestilence.

Marseille poursuit sa commémoration de la terrible épidémie de peste qui emporta la moitié de sa population en 1720, à travers deux expositions complémentaires. Que l’on vous recommande de voir en commençant par celle du Musée d’histoire, afin d’avoir solidement étayé le contexte, avant d’aller frémir devant les tableaux du Musée des Beaux-Arts.

Le Grand Saint-Antoine, navire en provenance du Levant, ramena dans ses cales, outre une cargaison de tissus précieux, le bacille. Sans respecter la quarantaine, les ballots sont débarqués, avec les conséquences que l’on sait. L’exposition Marseille en temps de peste permet, en plusieurs volets thématiques, de comprendre la situation sanitaire et les enjeux sociaux et politiques du temps. Comment les autorités locales, royales, laïques et religieuses ont réagi, quelle a été l’attitude de la population face à la terreur et aux contraintes, quelles ont été les étapes de l’épidémie, comment s’est-elle répandue en Provence ?

Révélateur du pire et du meilleur

À l’entrée, le public est invité à visionner un entretien entre Michel Signoli et Stéfan Tzortzis, archéo-anthropologues, chargés de reconstituer le « mikado humain » dans les charniers, des derniers cadavres entassés sous la contrainte par les galériens, jusqu’aux plus anciens. « Pas d’inquiétude, précisent-ils, on ne retrouve jamais le bacille vivant lors des fouilles. » Mais on mesure la panique ressentie par les contemporains dans ces procédés sommaires, suspendant ce qui caractérise habituellement l’humanité, les rituels funéraires. Les archives biologiques constituées à partir des squelettes permettent d’évaluer dans quelle mesure le pathogène a évolué depuis le XVIIIe siècle sous l’effet des pratiques sanitaires -l’usage des antibiotiques par exemple.

Les témoignages extrêmement émouvants des Marseillais montrent à quel point la population a été traumatisée par cet épisode, la maladie n’ayant plus frappé le territoire depuis des décennies, et n’étant connue qu’à travers de vieux récits. Il faut écouter cinq témoins directs, auxquels des comédiens enregistrés par Radio Grenouille prêtent vie, comme s’il s’agissait de nos voisins. Nicolas Pichatty de Croissainte, avocat, écrivait ainsi : « Tout déserte, tout abandonne, tout fuit. (…) Les personnes les plus nécessaires, intendants de la santé, commissaires de police etc… sont les premiers à fuir. » Le père Paul Giraud décrit la ville : « Toutes les rues sont si pleines de corps morts, de malades, de chiens et de chats qu’on a tués, qu’on ne trouve plus où poser le pied ». Mille morts par jour étaient dénombrés en septembre 1720, au pic de l’épidémie. Plus loin, un dispositif numérique ingénieux permet de lire les registres judiciaires. En décembre, un homme est surpris en train de donner des coups de pied dans le ventre d’un enfant. Il se défend en expliquant que le petit s’était avancé pour l’embrasser, et qu’il a eu peur de la contagion… Tout le reste est à l’avenant, imprégné du pire et du meilleur de l’espèce humaine. L’exposition au Musée des Beaux-Arts, avec notamment les tableaux en grand format de Michel Serre, sur place durant la pestilence, permet de visualiser les scènes décrites.

GAËLLE CLOAREC
Décembre 2021

Marseille en temps de peste 1720-1722
jusqu’au 8 janvier
Musée d’histoire de Marseille, Centre Bourse
04 91 55 36 00

La peste de 1720 dans les collections du Musée des Beaux-Arts de Marseille
jusqu’au 28 février
Musée des Beaux-Arts de Marseille, Palais Longchamp
04 91 14 59 24

musees.marseille.fr

Légendes : Michel Serre, Vue de l’hôtel de ville pendant la peste de 1720 (détail) © GC et Pince à déplacer les cadavres, XVIIIe siècle © GC