On en demande Encore EncoreVu par Zibeline

 - Zibeline

À Correns, la première édition du festival Encore Encore allie avec succès musiques électroniques, préoccupations écologiques et esprit guinguette.

La jeune équipe du collectif marseillais Laboratoire des possibles attendait depuis un an ce moment. Proposer un festival des musiques électroniques et urbaines actuelles en cohérence avec les enjeux sociétaux de son temps. Installé dans le village varois de Correns par choix affectif et familial, Encore Encore a privilégié une première édition modeste, avec une jauge limitée à trois cents entrées payantes, au vu de la fébrilité du moment. Un baptême du feu c’est toujours un peu stressant, et quand il intervient dans la situation sanitaire que l’on connaît, cela peut devenir rapidement angoissant. Pour clarifier son éthique, le festival avait tenu à rédiger une charte laissant peu de doute sur l’état d’esprit qui doit y régner : haro sur les discriminations et les comportements irrespectueux dans leur globalité. À l’entrée de l’espace camping, en bord de rivière, les bénévoles mettent en garde sur la présence d’une colonie de bébés chauves-souris que le moindre écart sonore mettrait en péril. À la buvette comme au comptoir restauration, des produits locaux, végétariens et issus de l’agriculture biologique sont servis à prix raisonnable. Ici on consomme conscient et l’eau est en accès libre. « Le projet veut proposer une réflexion autour de la possible durabilité d’un événement artistique culturel aujourd’hui et ses liens au territoire, avec des artistes qui soutiennent et alimentent l’esprit du festival », expliquent les organisateurs sur le site Internet. Parmi eux, Harold Boué, programmateur et coordinateur général, qui sous le nom d’artiste Lion’s drums présente son album Kagabas (à lire sur journalzibeline.fr). Une épopée électro-tribale au sein d’une communauté indienne des montagnes de la Sierra Nevada en Colombie. Aux sons enregistrés sur place par le musicien lors d’un séjour immersif se mêlent des compositions hypnotiques, dans un appel à une prise de conscience internationale face aux conséquences d’un développement incontrôlé sur la nature et les modes de vie ancestraux. En journée, les DJ sets éclectiques de Roméo Poirier, Mystique, DC Salas et Moesha13 accompagnent massages sonores, siestes mais aussi parties de foot et de pétanque quand d’autres préfèrent lézarder sur des transats, au chant des cigales. En soirée, Sara Dziri et Coucou Chloé ont amené sur la piste les derniers réfractaires, entourant la performance électro-instrumentale du duo Azu Tiwaline et Cinna Peyghamy. Le plus étonnant est peut-être la composition d’un public au croisement des générations et des communautés clubber et queer. Si les Marseillaises et les Marseillais, dont une part non négligeable active dans les milieux artistiques et culturels alternatifs, constituent l’essentiel des participant·es, la population locale pointe aussi le bout de son nez. Grâce notamment à des liens de confiance travaillés avec la commune de 900 âmes. Dans une rare et précieuse ambiance familiale de bienveillance, de liberté et de spontanéité, Encore Encore ébauche les contours d’un monde d’après. En toute humilité et responsabilité.
LUDOVIC TOMAS
Juillet 2021

Le festival Encore Encore a eu lieu les 10 et 11 juillet, à Correns

Photo Moesha13 © EncoreEncore Marpessa Sigue