La Poursuite de l'Idéal de Patrice Jean, ample roman aux relents réactionnaires

Ok boomerLu par Zibeline

La Poursuite de l'Idéal de Patrice Jean, ample roman aux relents réactionnaires - Zibeline

« Eh oui, mon petit Cyrille, tu n’es rien. Même les grands de ce monde passent dans l’indifférence des mortels qui à leur tour disparaîtront dans l’indifférence, qui à leur tour trépasseront dans l’indifférence des mortels qui périront sans susciter l’émotion des vivants qui mourront dans l’indifférence des mortels, ad libitum. » La Poursuite de l’idéal regorge de ces saillies qui noient habilement leur méchanceté dans un sens redoutable de l’absurde -à moins qu’il ne s’agisse du contraire. Cette méchanceté n’épargne jamais Cyrille Bertrand, personnage central de cet ample récit, qui ne brille guère par son courage ou par sa constance. Constance est d’ailleurs le prénom de l’idéal féminin convoité par le jeune Cyrille, idéal d’autant plus inaccessible qu’il incarne pour ce jeune homme d’origine modeste une certaine réussite sociale. Le patronyme de la jeune Constance n’étant autre que D’Héricourt…

Tout comme celui que le narrateur s’obstine à appeler « notre héros », Patrice Jean voue une foi contagieuse et souvent émouvante aux grands genres littéraires. Le jeune Cyrille, détenteur d’une licence de lettres, se rêve poète ; Patrice Jean a ambitionné quant à lui un roman ample, au style enlevé, explorant les travers de notre époque avec une morgue toute flaubertienne. Cela fonctionne, souvent. Et touche parfois juste. Notamment dans le portrait de ce transfuge de classe, inapte à saisir les codes des différentes sphères de pouvoir, tour à tour franchement réactionnaires et crypto-macronistes, qu’il côtoie. Le pessimisme paresseux de Cyrille contamine malheureusement souvent la narration, de même que sa misogynie : aucun personnage féminin ne s’y verra pas gratifié de l’épithète de « belle », aucune ne verra sa poitrine longuement examinée… Pour le pire comme pour le meilleur, Patrice Jean ne vole pas sa réputation de mini-Houellebecq.

SUZANNE CANESSA
Mars 2021

La Poursuite de l’idéal
Patrice Jean
Éditions Gallimard, 23 €