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Retour à quatre mains sur la deuxième édition du festival littéraire Oh les beaux jours ! à Marseille

Oh les belles frictions !

Retour à quatre mains sur la deuxième édition du festival littéraire Oh les beaux jours ! à Marseille - Zibeline

Des propositions multiples, des formes inédites, des salles pleines à craquer, la deuxième édition de Oh les beaux jours ! a montré, s’il en était besoin, que Marseille est aussi une cité du livre et que le public est heureux d’aller à la rencontre de la littérature, des œuvres, des auteurs…lorsqu’exigence rime avec insolence et fantaisie, lorsque les genres dialoguent en liberté, lorsque les mots prennent vie… Retour sur quelques éclats d’un étincelant festival de printemps.

Inauguration en chansons

L’auteur néerlandais Benny Lindelauf, en résidence à Marseille du 14 au 24 mai, a pris sa guitare pour proposer de chanter avec lui le refrain d’une chanson de son pays. Auparavant il a fait la lecture d’un texte qu’il venait de terminer, Une petite histoire d’amour, dans lequel il mêle ses impressions sur la ville aux souvenirs d’un voyage effectué par ses parents juste après leur mariage en 1960 ; ils voulaient découvrir le sud de la France qu’ils imaginaient luxueux et glamour. Mais une erreur de lecture de carte routière les avait fait échouer à La Pointe Rouge et non sur la Croisette ! On imagine leur étonnement déçu et la dimension de légende familiale de cet événement. Beaucoup d’humour et de fantaisie pour cette mise en bouche accompagnée d’un pot partagé.

Sous les feux de l’amour et des sunlights

L’amour 24 fois par seconde, tout un programme pour la soirée d’ouverture au théâtre du Merlan. Tandis qu’on s’installe, sur l’écran géant défilent en boucle des scènes de baisers fougueux. On est immédiatement dans l’ambiance, porté par la musique de Gildas Etevenard, qui officie cette année encore pieds nus. Et cette année encore, l’événement est mis en espace par Alexandra Tobelaim (on ne change pas une équipe qui gagne), le plateau est devenu salle obscure, tendue de rouge, seaux de popcorn en prime. Sept auteurs invités au festival se sont prêtés au jeu et ont choisi un film, une scène à commenter. Entre nostalgie et dérision, humour et émotion, films d’auteurs et séries B (voire Z), sept lectures, sept entrées originales pour dire l’amour, le cinéma, leur amour du cinéma. Lisant et chantant l’histoire d’amour et d’inéluctable séparation de Last Summer (Mark Thiedeman), Arnaud Cathrine ouvre le ban en douceur. Une douceur et une force émotionnelle que choisit également Pierre Ducrozet lorsqu’il invite à « lire les visages » dans la scène finale de Call me by your name (Luca Guadagnino). Joy Sorman, toujours passionnée par les rapports entre l’homme et l’animal, a sélectionné quelques scènes du documentaire Nénette (Nicolas Philibert), qui interroge les sentiments d’une vieille femelle orang-outan du Jardin des Plantes. Quant aux quatre autres invités, ils ont plutôt opté pour le décalage, offrant de savoureux moments : un film de kung-fu commenté et sous-titré avec de célèbres vers tragiques (Gérard Lefort, quelque peu facile mais drôle) ; une désopilante évocation de Duel au soleil (King Vidor et Otto Brower) et de sa très excitante héroïne par Guillaume Guéraud (un texte qu’il avoue très autobiographique et qu’on peut retrouver dans Les héroïnes de cinéma sont plus courageuses que moi (lire chronique sur journalzibeline.fr) https://www.journalzibeline.fr//critique/heraut-dheroines/ ; un commentaire trash et fin (oui, oui, c’est possible quand on s’appelle François Beaune) d’un extrait de True Romance (Tony Scott) ; et un final magistral, loufoque interprétation psychanalytico-transgenre d’une scène bien gore d’Alien 4 (Jean-Pierre Jeunet), où Olivia Rosenthal démontre imperturbablement comment Sigourney Weaver devient homme… Tempo bien calculé, intermèdes musicaux –entre autres une belle version parlée-chantée de Sur l’écran noir de mes nuits blanches de Nougaro (Gildas Etevenard) et le duo improbable de François Beaune et Pierre Ducrozet, qui ont proposé une version très personnelle de Love me tender… Sur scène ils s’amusaient bien, dans la salle aussi !

FRED ROBERT et CHRIS BOURGUE
Juin 2018

La deuxième édition du festival littéraire Oh les beaux jours ! s’est déroulée à Marseille du 22 au 27 mai

Photo : François Beaune et Pierre Ducrozet © Nicolas Serve


Théâtre le Merlan
Scène Nationale
Avenue Raimu
13014 Marseille
04 91 11 19 30
http://www.merlan.org/