Vu par Zibeline

Britannicus créé à La Criée par Xavier Marchand

Oh les beaux vers…

• 20 novembre 2013⇒28 novembre 2013, 6 février 2014⇒9 février 2014 •
Britannicus créé à La Criée par Xavier Marchand - Zibeline

Deux heures trente, une courte éternité pour faire naître un monstre ou plutôt deux : le Néron de Racine et le Britannicus de Xavier Marchand. En un jour en un lieu, et en 1768 alexandrins, un empereur de 19 ans ourdit son premier crime semi-fratricide et tue symboliquement sa mère ; le metteur en scène laisse parler la langue de feu aux césures impeccables et c’est une réussite incontestable dont on oublie trop qu’elle ne va pas de soi. Que voit-on alors qui dérange ou déroute ce confort ? Les acteurs ont à peu près l’âge de leur rôle et c’est là semble-t-il l’essence même de leur jeu : adolescents un peu timides de leurs gestes (les bras ballent, les regards ne se croisent jamais, les déplacements sont presque furtifs) qui disent à leur insu l’ampleur du désastre ; Junie (Marine de Missolz) dans sa blanche tunique courte somnambulise jusqu’au hurlement qui acte l’empoisonnement de Britannicus ; Néron (sensible Joseph Bourillon à qui n’est pas éloigné de plus de deux rangs) se «fait» doucement sans l’emballement exclamatif lié habituellement à son rôle ; les cernes rouges felliniens disent la fréquentation du soleil noir de la mélancolie plus que la cruauté du fauve ; quant à Agrippine (Anne Le Guernec, Bérénice dans le second volet du dyptique à venir), sa majestueuse fureur est davantage contenue dans l’élan noir de sa coiffure de matrone et la hauteur de ses talons que dans sa voix qui fait barrière à la violence. Les deux précepteurs à la lourde perruque tricotée (?) campés dans une radicale antithèse -sage Burrhus, hiératique et monumental dans sa diction et ses déplacements / traitre Narcisse ricanant et gesticulant de mille bras- font encore grincer la machine. Classique, baroque, cathartique, tragique, acidulé à la pointe burlesque de la «furtiva lacrima» de Donizetti ou des cris de mouette poussés dans la lumière sanglante du décor labyrinthe, ce Britannicus discrètement déplacé force l’attention et active les questions sinon les émotions… en attendant Bérénice

MARIE JO DHO

Britannicus a été créé du 20 au 28 novembre à La Criée, Marseille

Photo : Britannicus-®-Eric-Reignier

À venir :

Bérénice

du 6 au 9 fév

Théâtre Joliette-Minoterie, Marseille

 


La Criée
30 Quai Rive Neuve
13007 Marseille
04 91 54 70 54
http://www.theatre-lacriee.com/


Théâtre Joliette
2 place Henri Verneuil
13002 Marseille
04 91 90 74 28
www.theatrejoliette.fr