Vu par Zibeline

Déceptions lors d'Actoral 16 : quand arts plastiques et musique sont à la peine pour faire théâtre...

Occupation de plateaux

Déceptions lors d'Actoral 16 : quand arts plastiques et musique sont à la peine pour faire théâtre... - Zibeline

On attendait beaucoup de ces deux propositions phares de la 16e édition d’Actoral et pour des raisons différentes ce sont précisément celles qui ont pu générer déception – Fruits of Labor de Miet Warlop – et agacement – La Nuit des Taupes de Philippe Quesne- voire irritation. La première, ultime volet d’une trilogie s’affaiblissant doucement souffre paradoxalement de la confiance de la plasticienne dans les effets visuels et sonores générés : il n’est pas désagréable sans doute de voir tourner sur un piédestal la jeune femme dans sa robe de sirène lamée, d’assister à la tranquille installation de musiciens tranquilles qui vont interpréter dans la joie  quelques airs aux paroles sucrées au milieu de tuyaux-boyaux qui vont cracher de drôles de liquides (ah… la précision du tir !), d’admirer sincèrement la succession de tableaux parodiques, mouillés, glissants ou glacés autour d’un grand bloc blanc qu’il revient sans doute à l’imagination du spectateur de façonner, de rire aux facéties, d’attendre qu’advienne le « poétique » même fragile ou bancal qui était la marque des précédents spectacles ; du travail, oui, mais peu de fruits pour le spectateur qui reste en friche, au repos forcé en quelque sorte !
Plus activement irritante la soirée « Taupes », premier volet du projet Welcome to Caveland ! conçu au Théâtre Nanterre-Amandiers par son directeur actuel Philippe Quesne ; c’est que ça commence bien cette entreprise-là avec cave-caverne-grotte en carton encore vide bientôt pleine de ses 7 taupes surdimensionnées et nettement myopes (pas d’yeux que du museau, c’est délicieusement troublant) qui entrent par effraction –escalade pataude, pic à glace ou grand tuyau d’égout- urgence absolue, mitraillade au dehors, inquiétude , grognements articulés et belle émotion éternelle face à l’animal que nous sommes ; ça fonctionne à l’esprit d’enfance des adultes, on cherche, on creuse en fait les sensations et on croit trouver des idées ; on nous avait suggéré Platon forcément et même que le théâtre était « un art des cavernes …où se construit le collectif» (dixit Philippe Quesne en ouverture de son programme de saison) ; pourquoi pas et même sans aucun doute si l’on prend la peine et la responsabilité en même temps  de construire une forme agissante seul garant d’une expérience partagée ; que reste-t-il de cette ambition ? Une parade d’abord sympathique : les taupes s’organisent, copulent, donnent la vie, meurent, s’articulent un langage de communication, les musiciennes font de la musique avec harmonie et sentiment ; puis plus au fond encore, au centre de la terre, dans une deuxième partie sidérante de vacuité en dehors de quelques belles images en transparence (ébullition réussie d’un monde spectaculaire en création) nous attendons impatiemment la fin d’un joyeux défilé de taupes motorisées transportant des stalactites ; elles semblent bien s’amuser. Nous sommes bien tristes, ni régalés d’illusions ni désireux de sortir de la caverne !
MARIE JO DHO
Octobre 2016

Fruits of Labor de Miet Warlop a été présenté au théâtre de La Criée / La Nuit des Taupes de Philippe Quesne au théâtre du Merlan, dans le cadre de la 16e édition d’Actoral.        


La Criée
30 Quai Rive Neuve
13007 Marseille
04 91 54 70 54
http://www.theatre-lacriee.com/


Théâtre le Merlan
Scène Nationale
Avenue Raimu
13014 Marseille
04 91 11 19 30
http://www.merlan.org/