Objector, film de Molly Stuart sur le courage de dire non

ObjectorVu par Zibeline

Objector, film de Molly Stuart sur le courage de dire non - Zibeline

Pas facile d’avoir 18 ans en Israël quand on commence à se poser des questions sur la légitimité morale de l’occupation de la Cisjordanie et qu’on doit faire un service militaire au sein d’une armée qui aide et protège les colons. Atalya porte le nom d’une reine biblique décapitée et jetée aux chiens pour traîtrise. Et de fait, la jeune Israélienne, issue d’une famille qui compte plusieurs officiers et dont le grand-père justifie la violence des puissants, en refusant d’incorporer l’armée, se sent traîtresse aux siens. Objector, le film de Molly Stuart, concourant au PriMed dans la section Enjeux Méditerranéens, commence six mois avant cette incorporation et suit Atalya jusqu’à son exemption qui passera par une case prison de 110 jours. Un compte à rebours où les questions de la jeune fille à sa famille -aimante malgré la pression sociale générée par sa « mauvaise » attitude, où ses contacts avec les associations d’objecteurs de conscience et le service civique accompli auprès des Palestiniens-, éclairent la position de chacun face à ses responsabilités morales. La nécessité d’être soldat s’inculque dès l’enfance. Se soustraire à l’effort national de défense est considéré comme une lâcheté ou pire une collusion coupable avec les terroristes. Mais on a beau présenter à Atalya les avantages d’une armée où on peut suivre des formations qualifiantes, sa nécessité dans un pays dont les ennemis veulent la destruction, ou encore, pour les gens de « gauche », la possibilité de faire bouger les choses de l’intérieur, elle ne voit pas comment, elle, en toute conscience, pourrait participer à la démolition des villages gênant l’extension des colonies, cautionner un apartheid et le détournement de l’eau au profit des terres occupées. Non ! elle ne se voit même pas assurer les contrôles aux checks points. Car même en étant « aimable » avec les populations contrôlées, un check point reste un check point. Atalya n’est pas seule. Une partie de la jeunesse israélienne qui ne craint ni la prison ni l’opprobre se montre réticente à servir armes au poings une idéologie qui nourrit le cercle vicieux de la violence. Pour autant, malgré ces idées généreuses, et les amitiés israélo-palestiniennes qui naissent entre les individus, l’or du Dôme de Jérusalem s’aperçoit au loin derrière des barbelés. Le poids du collectif, celui de l’histoire d’un pays né dans la tragédie et en guerre permanente, semble obscurcir l’horizon. Car avoir 18 ans en Israël quand on est Palestinien, ce n’est pas facile non plus.

ELISE PADOVANI
Décembre 2020

Visible le 1er décembre de 17h à 20h sur primed.tv