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Vu par Zibeline

Much loved, un film courageux sur la prostitution au Maroc

Nuits amères

• 3 septembre 2015 •
Much loved, un film courageux sur la prostitution au Maroc - Zibeline

Présenté à la Quinzaine des Réalisateurs 2015, Much loved qui suit quatre prostituées de Marrakech dans leur quotidien, défraie la chronique et attise la haine. Abordant les thèmes tabous de l’amour tarifé, de l’homosexualité, de la drogue, de la misère et de la corruption, le réalisateur Nabil Ayouch est menacé ainsi que son actrice principale Loubna Abidar. Et son film interdit au Maroc.

De toutes les âneries proférées par les tenants d’une morale religieuse confite d’hypocrisie contre le film, celle «d’incite à la débauche» semble la plus extravagante.

Car que montre Nabil Ayouch ? D’un côté, souligné par un montage nerveux, le travail des prostituées, fastidieux, répétitif, humiliant, l’alternance de leurs nuits dites de plaisir et des petits matins de lassitude où le ventre douloureux, elles comptent l’argent gagné ou volé à leurs clients. Il montre la précarité de leur existence, l’opprobre de la famille de l’une qui ne veut d’elle que son argent, les paillettes d’une joie de commande et la tristesse de leurs yeux. De l’autre, le pouvoir masculin décliné selon l’assise financière de chacun : Saoudiens arrogants et brutaux débridant leurs refoulements sur les corps achetés, Européens moins riches et réputés radins profitant d’un sexe low cost, un marocain pauvre troquant les légumes du marché contre une passe, un policier corrompu racketteur et violeur, un amant de coeur fauché et hors jeu. Qui voudrait s’identifier aux unes et aux uns ? La débauche est bien peu attrayante ! Si ces femmes sont émancipées et jouissent d’une relative liberté, si elles peuvent donner des ordres à leur chauffeur-domestique ( admirable personnage dont on sait si peu), elles le paient très cher ! Trop «aimées», mal «aimées». Le film se clôt sur une chanson mélancolique évoquant les nuits amères interprétée a cappella. Le dernier mot  précédant le générique est : «solitude».

Elles sont solidaires pourtant ces prostituées marocaines ! Elles s’amusent, se moquent, se chamaillent comme des gamines quand elles sont ensemble, loin des hommes. Collées l’une à l’autre dans la voiture qui les reconduit chez elles au matin, découvrant comme au sortir d’un rêve en longs travellings la ville qui s’éveille. Un des plus beaux plans du film les cadre toutes quatre dans le même lit, doigts entrelacés. La performance des actrices est impressionnante. Danses du ventre et des fesses, scènes hard,  le réalisateur ne les lâche jamais, allant jusqu’à une pornographie assumée en plans serrés qui provoque le malaise plus que l’excitation.

Les autorités marocaines l’accusent de «porter atteinte à l’image du Royaume». Certes, on est loin du Marrakech de carte postale. Pour autant cette fiction, qui s’appuie sur une démarche documentaire et une enquête préalable, rend compte, comme les autres films de Nabil Ayouch, d’une certaine réalité du Maroc d’aujourd’hui. Nier ce qui existe, censurer, condamner, insulter, menacer réalisateur et actrice paraît bien davantage entacher l’image d’un pays qu’un film de cinéma.

Much loved est projeté en avant-première aux Variétés, le vendredi 4 Septembre à 20H en présence de l’actrice Loubna Abidar.

ELISE PADOVANI
Septembre 2015


Cinéma Les Variétés
37 rue Vincent Scotto
13001 Marseille
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