L’European Contemporary Orchestra à la Criée.

Nouveaux mondes sonoresVu par Zibeline

• 19 novembre 2013 •
L’European Contemporary Orchestra à la Criée. - Zibeline

A la sortie de la Criée, le 19 novembre, on tend l’oreille : « c’est la première fois que je suis émue lors d’un concert de musique contemporaine » dit l’une, « moi c’est pareil » répond une voisine…

Plutôt rare ! Visiblement, on n’était pas qu’ « entre soi » aux Symphonies électriques des nouveaux mondes affichées par l’ECO (European Contemporary Orchestra), projet porté par l’ensemble Télémaque (France), en collaboration avec Musiques Nouvelles (Belgique), Icon Arts (Roumanie), l’AFAM (Italie). Il faut dire qu’il a de la gueule cet orchestre-là avec ses 33 musiciens dirigés par Raoul Lay & Jean-Paul Dessy, ce « super ensemble » électro-orchestral qui, du fait d’une organisation structurelle bien pensée, génère des musiques inouïes ! Outre une dizaine de vents, du sax au cor, clarinette ou flûte, quelques cordes amplifiées endossant l’héritage symphonique, fleuri de luxueuses percussions, piano et synthé, s’intègrent un accordéon, guitare & basse électriques, un « performeur numérique » (DJ) et trois voix féminines sonorisées, filant tantôt du chœur au solo… Pour un équilibre miraculeusement trouvé !

Voilà l’outil ! Manquaient les œuvres… Depuis leur premier concert à Marseille en 2012 (voir www.journalzibeline.fr/critique/e-c-o-logique/) le répertoire s’étoffe, et la réussite du concert doit évidemment à la qualité des opus présentés.

Les Brûlures de Pierre-Adrien Charpy sont tantôt cris et bourdonnements, où passent des flammes de Weil ou Ravel, combustions minimales, avant la formidable crépitation finale.

First world de Ted Hearne, s’accroche à la même forme (ABA), mais ce sont des collages fantasmés de Vivaldi, des riffs de jazz symphonique et textures planantes rappelant Ligeti qui s’éclaboussent dans une savante cacophonie organisée.

Embarquement pour l’outre-là de François Narboni affiche ses consonances, un ostinato de cinéma qui court en quintolets et superpose des blocs persistants.

Hop de Martijn Padding est plus drôle, décalé, léger… son big band revisite un univers lointainement populo-tango jazzy avec ses notes bleues façon « Chaos avant la création » selon Milhaud.

Kaléidoscope enfin, d’Adrian Iorgulescu, trempe ses miroirs dans le monde de l’enfance. Rapsodique, il oscille, de suspensions en fracas percussifs, jusqu’à l’ultime berceuse à bascule.

JACQUES FRESCHEL

Novembre 2013

Photo : L’ECO à Marseille © Isabelle Françaix

La Criée
30 Quai Rive Neuve
13007 Marseille
04 91 54 70 54
http://www.theatre-lacriee.com/