Génération Tahrir paru aux Éditions Le bec en l’air : photos, dessins et textes pour ne pas oublier

Nous sommes tous Khaled SaïdLu par Zibeline

Génération Tahrir paru aux Éditions Le bec en l’air : photos, dessins et textes pour ne pas oublier - Zibeline

La maison d’édition marseillaise Le bec en l’air publie Génération Tahrir : des photos, des dessins et des textes pour ne pas oublier.
Sur la couverture noire, le titre claque en lettres jaune vif : Génération Tahrir, en français au recto, en arabe au verso. Jaune soleil sur le noir de la répression. Le livre a l’allure d’un carnet moleskine. Carnet des voyages et des nombreux séjours que la jeune photographe belge Pauline Beugnies a faits en Égypte dès 2008. Bien que contrainte de rentrer en Europe en 2013, elle y est fréquemment retournée et n’a eu de cesse de concrétiser son projet, qu’elle explique dans le prologue : « proposer une vision personnelle de ce temps de l’histoire égyptienne », dans un livre qui soit « la trace d’une histoire inachevée ». Car « la jeunesse, étincelle de la révolution égyptienne, star ou anonyme, a disparu des écrans, mais pas seulement. La rue lui a été confisquée. Sa parole réduite au silence, muselée, bâillonnée, étouffée. » Le livre entend donc rendre vie et parole à ces jeunes qui ont occupé la place Tahrir en janvier 2011. Certains, comme Khaled Saïd, y sont morts. D’autres cherchent aujourd’hui à inventer une nouvelle Égypte, malgré les violences policières, en dépit du chaos. À tous ces jeunes au « courage insensé » Pauline Beugnies rend un hommage émouvant dans un album qui couvre les années 2010-2015. Ses photographies et ses textes, colorés, vibrants, montrent que le débat se poursuit vaille que vaille, que de nouvelles formes artistiques émergent, que des voix contestataires parviennent à se faire entendre, qu’on peut encore espérer et aimer en Égypte aujourd’hui. Les dessins éloquents d’Ammar Abo Bakr accompagnent les images, les envahissent parfois, comme il continue (envers et contre tout) d’envahir les murs de la ville de ses fresques satiriques. Et c’est à l’écrivain blogueur Ahmed Nagy que la photographe a laissé le dernier mot : « Disons adieu aux peines et aux fantômes. Cherchons, de l’intérieur, une révolution, une trajectoire nouvelle. Le pire danger serait de s’abandonner à la nostalgie. […] Le pire de tout, ce serait de sacraliser une image donnée », écrit-il dans son féroce et lucide Adieu jeunesse.
Preuve que cette génération Tahrir est bien là, qu’elle résiste, qu’elle avance et qu’elle brille… comme une petite lumière dans la nuit.

FRED ROBERT
Février 2016

Génération Tahrir (bilingue français arabe)
Pauline Beugnies (textes, photographies)
Ammar Abo Bakr (illustrations)
Ahmed Nagy (textes)
Éditions Le bec en l’air, 30 €

Le livre a été présenté à La Friche Belle de Mai le 29 janvier. Exposition des photographies en grand format, vidéos, fresque murale et concert ont accompagné l’événement