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Vu par Zibeline

"Nous, les coyotes" de Marco La Via et Hanna Ladoul : Los Angeles par ses marges

Nous, les Coyotes

• 12 décembre 2018 •

La route 66 bordée d’une plaine à touffes rases, les palmiers ouvrant la perspective de routes droites en caméra embarquée dans de grosses voitures américaines, la plage, les collines, San Monica, le Pacifique, les touristes en chemises à fleurs… Sans y être jamais allés on connaît tous Los Angeles où naissent les mythes hollywoodiens et les lieux communs ! Nous, les Coyotes de Marco La Via et Hanna Ladoul, comme tant d’autres films avant lui, prend cette cité épuisée de fictions pour cadre et parcourt sa géographie urbaine, mais il le fait par ses marges, en se décentrant. Du point de vue des « coyotes », que la cité a exclus de son territoire et qui errent à la recherche de nourriture ou d’un abri. Les vrais coyotes qui apparaissent en ombres chinoises quand la nuit vient, et, métaphoriquement, ces jeunes attirés par le rêve californien qui se heurtent à une société fermée, dure, dans laquelle, si on n’a pas de réseaux, il est bien difficile de se faire une place. Où on « esclavagise » les stagiaires avec un sourire blanchi. Où on arnaque les innocents, propose des taudis indignes aux arrivants. Rien de clinquant dans cette ville-là. Ce qui irradie, outre le soleil californien poudrant la photo du film, c’est l’amour et la jeunesse de Jake et Amanda saisis en plans rapprochés dans leurs joies et leurs déceptions passagères. Lui, tatoué, rieur, tendre, le joint en poche, a abandonné son petit boulot de serveur dans l’Illinois pour la suivre. Elle, fille de la bourgeoisie, est en rupture avec sa famille voyant d’un mauvais œil la « cool attitude » de Jake, taxé de loser. Jake, qui, facteur aggravant, aime la poésie française en général et Francis Ponge en particulier. Ce ne sont pas des Rastignac. Devant le panorama de L.A. vue de haut, ils rêvent d’un bonheur paisible. Lui aurait un magasin de surf, elle travaillerait comme assistante de direction. Ils auraient un appartement avec une piscine sur le toit. Une quête d’émancipation sans agressivité. Pour l’heure, les galères s’enchaînent dans la Cité des Anges d’une nuit à la suivante. 24 heures sans sommeil ! Mais le désenchantement ne tient pas sur leur jeunesse et leur amour. Il coule et disparaît.

Le scénario est ténu, centré sur ce jeune couple désarmant, la narration, linéaire. Ce film américain à petit budget, à résonnances autobiographiques, tourné en 20 jours par des Français dans la veine du cinéma indépendant, présenté à l’ACID au Festival de Cannes 2018, ne manque pas de charme. Qualité des acteurs (Morgan Saylor et McCaul Lombardi) et sincérité des réalisateurs qui, on le sent, s’incluent dans le Nous du titre.

ELISE PADOVANI
Décembre 2018

Nous, les coyotes, de Marco La Via et Hanna Ladoul est sorti en salles le 12 décembre (1h27)

Photo : Copyright Noodles Production