Karine Deshayes et Delphine Haidan célèbrent leur complicité avec Deux mezzos sinon rien

Nous les BellesVu par Zibeline

Karine Deshayes et Delphine Haidan célèbrent leur complicité avec Deux mezzos sinon rien - Zibeline

Le très beau disque des deux mezzos s’ouvre sur quatre duos injustement méconnus de Brahms, aux textes éloquents : « Nous les deux sœurs, nous les belles, si pareilles de visage, pareilles comme deux œufs, pareilles comme deux étoiles » / « Wir Schwestern zwei, wir schönen, So gleich von Angesicht, So gleicht kein Ei dem andern, kein Stern dem andern nicht. ». Pétri de symétries, construit sur une homorythmie parfaite et sur une réjouissante ambiguïté tonale, le Lied donne déjà à entendre la complémentarité de deux timbres jumeaux. Celui de Karine Deshayes, clair et acéré, tutoyant les tonalités sombrées et dramatiques de Delphine Haidan : complices sur scène depuis une quinzaine d’années, les deux chanteuses ont appris à tirer le meilleur de leurs forces respectives. La sélection dix-neuviémiste à souhait réserve de belles envolées : les Lieder de Mendelssohn et surtout de Brahms (qui conclue magistralement l’opus) brillent par leur perfection formelle, quand les Mélodies de Gounod, Delibes, Massenet, Fauré et Chausson déploient un sens aigu de la couleur, que le piano de Johan Farjot souligne à merveille. Les morceaux choisis de Saint-Saëns se situent à mi-chemin, dans l’orientalisme assumé d’« El Desdichado » comme dans les échos dansants de la « Pastorale ». Délicieux !

SUZANNE CANESSA
Septembre 2020

Disque paru chez Klarthe (15 euros)