Avec Et tout sera pardonné ?, Baptiste Amman clôt sa trilogie Des territoires, au ZEF.

Notre territoire, l’Algérie

Avec Et tout sera pardonné ?, Baptiste Amman clôt sa trilogie Des territoires, au ZEF.  - Zibeline

Baptiste Amann n’arrête pas. À 32 ans il enchaine les prix, les commandes d’écriture, les mises en scène, et enseigne dorénavant à l’ERAC où il a été formé. Artiste associé au ZEF, il va y créer le troisième volet de sa trilogie Des Territoires, dont on a pu voir les deux premier volets. 

Il s’agit de l’histoire d’une fratrie, une sœur et ses trois frères, dont l’un est handicapé et un autre adopté. Réunis à la mort de leurs parents dans leur maison d’enfance, pavillon au cœur de barres d’immeubles, leur histoire se heurtait dans le premier volet au surgissement de la Révolution, et dans le deuxième à celui de la Commune. Comme des échappées fantastiques qui semblaient mettre en scène l’inconscient collectif au cœur du conflit de classes qui traverse cette famille populaire d’aujourd’hui, aux membres plus ou moins déclassés ou parvenus. 

Les acteurs, tous très particuliers, possèdent cette force que donnent les projets collectifs : même âge, même formation, ils se connaissent de longue date, et Baptiste Amann a écrit ces Territoires pour eux. Il les met en scène en les poussant au bout de leurs folies, souvent dans la démesure, que ce soit dans les monologues où ils se racontent ou dans les scènes où ils s’affrontent.

Car il est question, au présent, d’une émeute qui gronde en banlieue. Écrits avant les Gilets Jaunes les deux volets avaient sans conteste l’art de la prémonition sociale. Placer le dénouement en regard de l’histoire algérienne, et de ses conséquences en France, est tout aussi fulgurant.

Et tout sera pardonné ?, troisième volet, déplace le huis clos dans les couloirs de l’hôpital. C’est un dénouement, au sens propre, qui détortille les fils entrelacés : celui de la fratrie, que l’on quittait au moment où Benny pissait le sang ; celui de l’Histoire qui rejoint l’histoire familiale, soit l’adoption du frère lors de l’Indépendance algérienne ; celui du réel qui rejoint la fiction avec la figure de Djamila Bouhired, présente dans les couloirs de l’hôpital à travers l’actrice qui l’incarne dans un film… 

En mars l’icône du FLN et de l’indépendance algérienne a rallié, dans le réel, le mouvement de contestation algérien. À 84 ans. Baptiste Amann a décidément du flair historique. 

AGNÈS FRESCHEL

Photo ©Sonia Barcet

Novembre 2019

Des territoires, Et tout sera pardonné ?

14 et 15 novembre

Le ZEF, Marseille

04 91 11 19 20 lezef.org