Retour sur le cycle de conférences les Samedis de Saint-Sauveur autour de Saint-Augustin et du patrimoine religieux

Notre patrimoine religieuxVu par Zibeline

Retour sur le cycle de conférences les Samedis de Saint-Sauveur autour de Saint-Augustin et du patrimoine religieux - Zibeline

L’association Cathédrale Vivante organise à Aix dans la Cave aux Huiles un cycle de conférences érudit, les Samedis de Saint-Sauveur. L’essentiel du public semble venir y chercher des points d’ancrage à sa foi, mais ce patrimoine religieux appartenant aussi à l’état laïc, il devrait faire le bonheur de tous !
Ainsi le 9 mars dernier c’est un professeur émérite en linguistique, Marie-Christine Hazaël-Massieux, qui consacrait son exposé à Saint-Augustin. À partir des textes et de leur contextualisation, elle a mis en évidence l’originalité du personnage, dans l’histoire de l’église et l’Histoire, son humour, la richesse de ses images, son sens de l’humain. Grand spirituel, il ne concevait pas la foi comme une adhésion à une doctrine, mais comme une recherche de ce qui dépasse l’homme, et encouragea la recherche scientifique. Sa nouvelle traduction permet de mieux entendre son style direct, et même parfois, au détour d’une formule, quelques expressions berbères, langue de sa mère, Sainte-Monique.
Après les textes le témoignage des pierres : Xavier Delestre, Conservateur de l’archéologie à la Drac, présente un état des fouilles d’Hippone, épiscopat de Saint-Augustin de 396 à 430, qui devint Bône, puis Annaba. Escale pour les navires au cours de la période carthaginoise, point de départ du blé pour Rome, Hippone, ville portuaire, était opulente. Sur une superficie de 60 ha dont 15 seulement ont été fouillés, on retrouve des thermes, des citernes, des bassins d’agrément, des fontaines, un théâtre, des villas, de superbes mosaïques. Mais dès les premières fouilles en 1833 les erreurs s’accumulent, on reconstruit pour donner un côté monumental aux ruines, on n’effectue pas de relevés précis des lieux ni des objets, si bien que les indices permettant de déterminer la fonction des bâtiments sont perdus !
«Fouiller, c’est détruire», rappelle Xavier Delestre. Ainsi Erwan Marec, en 1957, accomplira un travail considérable mais partial : il pense avoir découvert la basilique de Saint-Augustin, triture la documentation scientifique, détruit et reconstruit des murs pour que les vestiges corroborent ses intuitions ! Le sable coquillier qu’il utilise le trahit aujourd’hui, il n’est pas antique ! Xavier Delestre insiste sur la difficulté des missions, sur le paradoxe aussi de la notoriété du lieu, due à l’importance de Saint-Augustin, qui excède la quantité des vestiges. Et comme dans tous les pays où les religions se sont succédées, une étrange destinée des objets : c’est dans la mosquée d’Annaba que l’on trouve aujourd’hui les chapiteaux corinthiens…

MARYVONNE COLOMBANI

Avril 2013

Cette double conférence a eu lieu le 9 mars à Aix