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Vu par Zibeline

Échelles des temps, parcours d’exposition permanent à voir à la Villa Méditerranée

Notre mer en démos

Échelles des temps, parcours d’exposition permanent à voir à la Villa Méditerranée - Zibeline

La Villa Méditerranée s’est enrichie d’un parcours permanent intitulé Échelles des temps, et nos lycéens d’un nouveau manuel !

Retracer l’histoire de la Méditerranée en quatre tableaux et dans un couloir (large tout de même !) l’idée est ambitieuse… et servie opportunément par un parti pris simple : la plongée dans le vertige du temps se fait en quatre stades, recouvrant chacun des périodes de plus en plus longues. Et la scénographie, simple, nous emmène vers les temps immémoriaux, ceux de bien avant les hommes, en suivant des rais de lumière…

Les quatre films sont simples et abordables par chacun, même les plus jeunes. Regorgeant d’informations clairement mises en perspectives par l’historien Jean-Luc Arnaud, et en images par Daniel Cling. En quinze minutes on s’attache d’abord à la dislocation de l’Empire Ottoman (125 ans de guerre) traités avec des documents d’archives ; Les quinze minutes suivantes, un peu plus loin, retracent les 2500 ans d’histoire méditerranéenne à partir des traces marseillaises ; puis on plonge du Temps des hommes dans le Temps de la Terre, 30 millions d’années en 5 minutes pour expliquer l’échelle géologique, puis 5 minutes encore, en dessin animé, autour de la crise messinienne, quand la Méditerranée était vide, il y a 5.6 millions d’années, et durant 100 000 ans.

Le court trajet dans l’espace de l’expo réussit à plonger pourtant le visiteur dans l’épaisseur du temps, efficacement, et le parcours est limpide, grâce à la scénographie modeste et efficace d’Elizabeth Guyon. Destiné à tous les publics, il peut être une parfaite introduction aux expositions moins didactiques du MuCEM voisin, ou au parcours Plus loin que l’horizon, plus politique et ancré dans le présent, situé à l’étage inférieur. Mais l’impression de simplification de l’histoire reste un peu gênante. Lorsqu’on demande à Bernard Morel, vice-président de la Région venu inaugurer le parcours, pourquoi le génocide arménien est évoqué dans le premier film comme un «massacre», il répond : «La Villa Méditerranée est un lieu créé pour éviter les viscosités des relations entre les États.» Par la coopération interrégionale. Mais celle-ci peut-elle passer par des euphémismes ?

Histoire commune

La même impression se dégage du manuel d’histoire destiné aux professeurs et élèves de la Méditerranée. Edité en Français et en Arabe, l’ouvrage, présenté à la Villa Méditerranée les 5 et 6 décembre par des politiques et des historiens, est destiné à être traduit dans toutes les langues Méditerranéennes. Et à écrire enfin, pour des non spécialistes, cette histoire commune, faite de perméabilité culturelle et de commerce d’idées et d’objets, de savoir-faire, et de conflits.

L’ouvrage, coédité par Bayard, MP2013 et le Centre National de Documentation Pédagogique, est agréable à lire, sans jargon, illustré de cartes claires et de documents parlants, comportant de nombreux glossaires, et des focus intéressants. Les grandes crises y sont analysées avec pertinence et finesse, dans un vrai souci d’équilibre entre les rives Nord et Sud, et le Proche Orient. Composé traditionnellement en 5 parties (Préhistoire, Antiquité, Moyen Âge, Époque Moderne, Époque contemporaine), il approfondit avec justesse les faits contemporains, et passe un peu vite sur ce qui pourrait constituer des «viscosités d’État». Ainsi, l’on frémit un peu lorsqu’Averroès et Maimonide sont présentés comme des «passeurs» d’Aristote, non comme des philosophes. Ou lorsque les «déséquilibres» entre les rives Nord et Sud à l’époque moderne sont expliqués par le seul «frein des traditions».

Mais écrire l’histoire c’est indéniablement faire des choix. Celui de proposer un manuel qui pourra servir de base à un enseignement commun passe sans doute par un consensus bien mesuré. L’introduction de Mostafa Hassani Idrissi, qui précise les buts de l’ouvrage, doublée d’une conclusion qui explicite sa méthodologie, sont d’une clarté exemplaire, et les 15 historiens de huit pays qui ont conçu cet ouvrage ont indéniablement posé la première pierre d’une révolution dans la diffusion des études méditerranéennes, qui passionnent les chercheurs depuis Veyne et Braudel, et sont mises ainsi à la portée du plus grand nombre.

AGNÈS FRESCHEL
Décembre 2013

Échelles des temps
Parcours d’exposition permanent
Villa Méditerranée, Marseille

Méditerranée, une histoire à partager
Direction Mostafa Hassani-Idrissi
Ed Bayard, 29 €

Photo : Echelles-des-Temps-2—Villa-Méditerranée—Gobi-Studio