Amanda Favier réunit Igor Stravinsky et John Corigliano dans un très bel album

Notes écarlatesVu par Zibeline

Amanda Favier réunit Igor Stravinsky et John Corigliano dans un très bel album - Zibeline

Amanda Favier voue un amour contagieux à Igor Stravinsky, et lui aurait volontiers consacré un album tout entier. Cela s’entend dès les premières notes de son Concerto pour violon : le son est clair, maîtrisé, d’une justesse imparable et pourtant tout y semble fragile, prêt à rompre. La virtuosité allant ici de pair avec une émotivité brute. Le dialogue noué avec l’Orchestre Philharmonique Royal de Liège, dirigé par Adrien Perruchon, fait la part belle à une stratification contrapuntique des pupitres. Les voix s’entremêlent, se répondent, distinctes et articulées et pourtant inséparables. Le concerto semble s’écouler dans un seul souffle avant de laisser la place à John Corigliano. La partition écrite au départ pour la bande originale de The Red Violin a fait l’objet d’une réécriture « savante » par le compositeur. Placée sur un pied d’égalité avec son homologue russe, l’œuvre déploie une richesse harmonique et un chatoiement de timbres que n’aurait effectivement pas renié le Stravinsky des années 1930. Une étrangeté mélodique, un jeu sur le temps et son suspens ajoutent cependant un supplément d’âme au Red Violin Concerto. Mélancolique, éthérée, l’interprétation évite le piège d’une lecture trop organique du texte, qui mérite décidément le détour.

SUZANNE CANESSA
Avril 2020

Stravinsky, Corigliano est disponible chez No Mad Music