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Nos vies, le nouveau roman de Marie-Hélène Lafon : un bijou ciselé

Nos vies importent

Nos vies, le nouveau roman de Marie-Hélène Lafon : un bijou ciselé - Zibeline

Marie-Hélène Lafon n’est donc pas une écrivaine de la paysannerie, de la nature et de l’éloignement, des oubliés de nos villages ! On le sentait pourtant en lisant ses romans précédents : l’épaisseur sensible n’y vient pas du rapport à la nature ou à la rudesse, aux horizons vastes, mais de l’attention à l’humanité des petites gens. Des cabossés, le fils inadapté d’une famille rurale ou, ici, la caissière étrangère et boiteuse d’un supermarché parisien.

Car Nos Vies fait s’entrecroiser le réel de la narratrice, Jeanne, comptable parisienne à l’orée d’une retraite solitaire qu’elle doit apprivoiser, avec le récit de ses souvenirs familiaux et amoureux, et les fictions qu’elle fabrique à partir de ses rencontres au Franprix du quartier. Et c’est bien la fiction, la littérature, le travail de langue, qui sont investis comme des droits du peuple. Jeanne ne cesse d’inventer des histoires, qui naissent de son attention à ce qu’elle voit. Cet homme qui passe chaque vendredi à la caisse de la même caissière, ce que racontent son dos, ses mains, ses émois, ses achats. Ce que la blondeur, l’accent, la rudesse de Gordana, ses seins débordants, son pied-bot, pourraient faire naître de suppositions, d’histoires. Le droit à la fiction, à l’amour, au crime de passion, à l’inexplicable abandon de l’aimé : Nos Vies affirme cela, que la matière littéraire existe dans la vie de chacun, des femmes, des amochés, des étrangers, des balourds, des enfants. Là il y a le roman, l’invention, la vague d’émotion, la générosité de la voisine, le bijou offert, le secret, la trahison, le père que l’on dorlote ou qui nous renie, la vie qui ralentit, les plaies qui restent ouvertes. Et Nos Vies naissent de la langue, ciselée, riche de vocables, précise de sensations, travaillant les expressions figées pour fabriquer de nouveaux motifs  « regarder aux yeux », les arbres dans les gens, les métaphores et les images posées à la juste place de l’attente. Et tous les autres fils prêts à être tissés.

AGNÈS FRESCHEL
Septembre 2017

Nos Vies Marie-Hélène Lafon
Buchet Chastel, 15 €

Les Correspondances
20 au 24 septembre
Manosque
04 92 75 67 83 correspondances-manosque.org

Vous retrouverez notre sélection des livres de la rentrée dans le numéro 110 de Zibeline, en vente chez tous les marchands de journaux du Sud-Est.