Mes Pénélopes : Carole Vanni montre les étendues de son travail d'écriture

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Mes Pénélopes : Carole Vanni montre les étendues de son travail d'écriture - Zibeline

La danseuse Carole Vanni place ainsi ses mots «…glisser d’une attente transitive à une attente intransitive, un présent de vivre» pour qualifier son travail d’écriture en amont de Mes Pénélopes, et donnant déjà une forme au projet engagé avec le metteur en scène Alain Fourneau. Ainsi les habitantes de la Maison Relais de la rue de l’Arc ont pu, du cœur de leur vécu, s’emparer du texte, bousculer avec bonheur le duo et décider justement que le moment était à prendre dans une urgence de nécessité plus que de vitesse…
Voilà donc une pièce «de circonstances» pulvérisant toutes les pesanteurs liées habituellement à ce terme pour dégager une émotion et une sincérité qui ont tout à voir avec le théâtre. Elles s’appellent Stéphanie, Dominique, Valentine, Malika, Corinne, accompagnées de quelques autres plus proches du métier pour certaines et de deux éducatrices… Elles ont 37 ou 42 ou 63 ans, disent «je», sont toutes des Pénélopes et de magnifiques comédiennes qui s’/l’ignoraient ; sur le plateau, des tables, des chaises, une coupe de fruits d’où s’échappe une mandarine, des tasses, l’intimité d’un foyer, un «dedans» d’où elles parlent et qu’elles arpentent, se croisant et multipliant les voix dans un rituel léger ; chaque fragment en bouche esquisse une scène, génère un portrait instantané «J’ai une demi-heure d’avance pour prendre un train ; j’attends, je marche, je regarde» «J’attends que la douleur me laisse du répit» «Un tour pour rien, non… un homme est là : voulez-vous ? oui». Les corps de ces dames qui savent très bien faire semblant troublent le regard par une présence accentuée, jamais déplacée, comme imprégnée de leur plaisir palpable à être-là ; Carole Vanni, Pénélope même, écrit à sa table de travail ce qui se joue sous nos yeux ou danse sobrement ; il s’agit d’accueil et d’hospitalité, d’attention plus que d’attente : le regard silencieux d’Alain Fourneau, l’homme assis, tient tout ensemble et lorsque la danseuse escalade cet Ulysse possible, la malice l’emporte sans altérer pourtant une insondable gravité. On ne s’y trompe pas : il est bien arrivé quelque chose !
MARIE JO DHÔ
Mars 2015

Mes Pénélopes, production du Théâtre des Bernardines, Marseille, en partenariat avec l’association Habitat Alternatif Social a été donné du 27 février au 3 mars ; le projet a reçu le soutien de la Fondation Abbé Pierre

Photo : Mes-pénélopes-©-Joanna-Martins

Théâtre des Bernardines
17 Boulevard Garibaldi
13001 Marseille
08 2013 2013
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