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Vu par Zibeline

Retour sur l'édition 2018 de Parallèle, festival de la jeune création internationale à Marseille

Nos théâtres parallèles

Retour sur l'édition 2018 de Parallèle, festival de la jeune création internationale à Marseille - Zibeline

Le festival Parallèle cherche et trouve du nouveau, rassemblant pour la huitième année un public nombreux.

Pas question de ronronner, de retrouver, de s’endormir. Les formes présentées par Parallèle lors de son festival dépotent et décrassent du déjà vu, du convenu, du trop sage. On y découvre des propositions toujours singulières et souvent très abouties. Les créations contemporaines des jeunes artistes conviés se déclinent en propositions multiformes présentées dans de nombreux lieux culturels marseillais, et correspondant toujours à l’esprit du théâtre convié à les coproduire.

Tourner en rond

À Montévidéo, le belge Louis Vanhaverbeke défie les lois de la circularité. C’est un cercle d’objets usuels et modifiés, serti d’une lumière d’aube, qui accueille les spectateurs. Le performeur déplace des livres, lance un tourne-disque et psalmodie des extraits d’œuvres cosmogoniques, qu’il feuillète dans un étonnement enfantin. Multiverse est une proposition scénique inventive et pointilleuse. En écho aux théories des univers multiples, on suit un personnage lunaire dans sa course en rond, dans ses manipulations d’objets circulaires. Et les mondes se déplient, et les chansons ouvrent des espaces de jeux, et les planètes dialoguent. Entre le DIY et le théâtre d’objets, le slam et le DJing, l’artiste manifeste la recherche de sa place dans le cosmos. Et de la nôtre, en miroir.

Dans les trous de mémoire

À la Joliette Sandra Iché instaure avec le public et sa partenaire de scène un jeu de complicité et de faux-semblants à tiroir multiples. Entrant en rapport direct avec les spectateurs, elle leur ment pourtant, jouant à la chercheuse, faisant endosser à sa comédienne le rôle de la sociologue Melanie Klein inopinément absente, filmant les désarrois d’une comédienne qui se prend pour une historienne et subit les déboires vrais d’une bataille universitaire. La forme, qui navigue entre un jeu très posé, mais ironique, et un pseudo-théâtre documentaire, nous entraine pourtant dans les archives familiales véritables de ses aïeux cachés, juif algérien né français par le décret Crémieux et qui croira aux valeurs républicaines jusqu’après Vichy, ou bourgeois parisien qui inventa le PMU, et l’union improbable de leurs enfants dont les enfants lui ont donné naissance… ça part délibérément dans tous les sens, fait une escale au cimetière juif d’Alger, dans un cours de kabyle et d’arabe algérien, pour parvenir à inverser les points de vue, à devenir celle qui se déplace, qui apprend, qui comble les trous de l’histoire en fouillant les archives et en s’inspirant de Benjamin Stora. Droite-gauche ? Oui, au passage, aussi, on effleure une sociologie du déterminisme politique !

Servitude volontaire

Au Merlan Mining Stories est nettement plus rigoureux, d’une radicalité formelle adaptée au propos. Si Silke Huysmans fait elle aussi face au public, elle ne dira pas un mot dans ce spectacle pourtant porteur de tant de mots, de tant de voix. Il est question de la catastrophe écologique et humaine du Minas Gerais, état minier du Brésil. La rupture d’un barrage gigantesque qui a anéanti des vies et des villages, et pollué irréparablement la terre et les fleuves. Pour en rendre compte Silke Huysmans déclenche  en direct des voix de chercheurs, de témoins, de philosophes, d’écologues, d’habitants, américains, scandinaves, brésiliens, traduites sur des écrans qu’elle met littéralement en scène comme des personnages, dans un ballet assourdissant de mots projetés. Le constat écologique est terrifiant, et plus encore le processus qui amène les mineurs à manifester pour reprendre un travail qui leur a tant coûté. La nécessité d’une véritable révolte, générale, contre un capitalisme inhumain qui obère tout avenir écologique conclut un spectacle magistral, dénonçant une servitude volontaire contre laquelle la seule arme possible est la radicalité.

Gymnaste

Francesca Pennini fait elle aussi face au public. Et exécute des danses absurdes, des Miniballets retrouvés sur ses carnets d’enfants. Son corps est sidérant, d’une souplesse de contorsionniste, et d’une force athlétique exceptionnelle. On ne sait trop ce qu’elle cherche et ce qu’elle montre en enchaînant ses grands écarts, ses ponts et ses pliés déconnectés d’un quelconque sens mais sa présence, magnétique, ironique, emmène le public avec elle dans ses rêveries incarnées, peuplées de délires enfantins de corps contraint, de figures et d’arias classiques, de drones et de plumes qui s’envolent…

DELPHINE DIEU et AGNÈS FRESCHEL
Février 2018

Parallèle, festival de la jeune création internationale s’est déroulé du 26 janvier au 3 février dans divers théâtres marseillais.

Photo : Francesca Pennini -c- Claudia Pajewski


Montévidéo
3 Impasse Montévidéo
13006 Marseille
04 91 37 97 35
http://www.montevideo-marseille.com/


Théâtre Joliette
2 place Henri Verneuil
13002 Marseille
04 91 90 74 28
www.theatrejoliette.fr


Théâtre le Merlan
Scène Nationale
Avenue Raimu
13014 Marseille
04 91 11 19 30
http://www.merlan.org/