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Marie-Hélène Lafon était l’invitée de l’association Nouvelles Hybrides à la bibliothèque d’Ansouis

« Non, la fiction ce n’est pas pour nous… »

Marie-Hélène Lafon était l’invitée de l’association Nouvelles Hybrides à la bibliothèque d’Ansouis - Zibeline

« Le pays que j’habite c’est la langue ; j’aime beaucoup le mot énergie. » Marie-Hélène Lafon était l’invitée de l’association Nouvelles Hybrides à la bibliothèque d’Ansouis…

« De la fiction dans un prochain ouvrage ? »… À cette question de l’un des nombreux auditeurs et lecteurs passionnés, répond une anecdote. En cinquième, un sujet réclamait la narration d’« une après-midi avec votre grand-père ». La jeune et brillante élève se lance dans une description précise et enflammée du Havre et de son grand-père marin. Le professeur connaît la famille, tous issus du Cantal, tous paysans, et réprimande l’enfant, « Vous avez copié ce texte quelque part ! ». L’auteure narquoise en tire la leçon : « Non, la fiction, ce n’est pas pour nous ! ». Plus tard, elle revendique une « langue, traversée par le patois, tissée d’expressions entendues, éloquentes comme le verbe s’enroutiner ». Orchestrée autour des questions pertinentes de Christiane Dumoulin, la conversation aborde l’œuvre, les thèmes, l’écriture, les sources d’inspiration, les influences… Celle des écrivains, « Je relis régulièrement Un cœur simple, mon roman Joseph lui doit citations et gestes : je me suis adossée à Flaubert qui m’a nourrie. Les lectures font couche, en terme de géologie ; il y a dans mes textes des résurgences des écrivains lus ». « Mais, si je devais écrire, c’était sur mon milieu qui se décrivait déjà comme moribond… Ce que j’ai été amenée à comprendre c’est que ce monde que l’on disait finissant, à force d’en finir, n’en finissait pas tout à fait, mais se transformait car quelque chose continue toujours ». Un regard ethnographique ? « Je n’invente rien, j’observe tout, j’emmagasine, et quand je suis à l’écriture, ça ressort. À partir de l’inépuisable réel, je tisse les motifs, les décale, les ajoute… Il faut faire exister de la manière la plus juste possible, pas livrer en pâture ou à la condescendance. Je n’invente pas, je transpose, pour traiter du sujet qui court dans tous mes livres : la transmission qui se rompt. Je viens d’une lignée fromagère, (Cantal, Saint-Nectaire) mon écriture fermente en cave profonde. »

MARYVONNE COLOMBANI
Avril 2017

La rencontre, organisée par l’association Nouvelles Hybrides, a eu lieu le 17 mars à la Bibliothèque dAnsouis.

Photographie : Marie-Hélène Lafon © MC