Vu par ZibelineDisorder in the house de Jeanne Susplugas à Istres

No problem ?

• 27 avril 2019⇒12 juillet 2019 •
Disorder in the house de Jeanne Susplugas à Istres - Zibeline

Ce chapitre 2 ne se différencie guère de celui présentée au Château de Servières à Marseille (2 février au 11 avril). Un travail de co-commissariat dont on ne voit pas trop l’intérêt pour le public : à quelques œuvres près, les mêmes sont distribuées selon un accrochage tenant compte de la spécificité du nouveau lieu. À moins d’avoir déjà vu la première phocéenne et de jouer la comparaison des partis d’accrochage, cela reste une expérimentation davantage pour commissaire. La proposition istréenne en deux parties/deux lieux offre donc un best of de l’artiste, peu exposée dans la région (expositions collectives Flux/Reflux, Images au CAC, en 2007 et plus récemment à Artorama en 2018). Pas de chaos comme annoncé dans le titre, lui-même inspiré d’une des œuvres, tant l’accrochage est propre et soigné comme souvent au CAC. Tout semble bien à sa place et dispense une atmosphère plus surréaliste /poétique que catastrophiste. Pourtant ce qui nous semble familier se pare d’un certain trouble. Une « inquiétante étrangeté » double les choses : flacons de verre gravés d’inscriptions sibyllines (Containers, 2016), cage et source lumineuse (Light house, 2009), blancheur aseptisante (Nature Morte, 2015-2018). Les références aux dysfonctionnements comportementaux, habituellement avancées dans la présentation du travail de l’artiste, n’apparaîtront pas d’évidence. Qui reconnaîtra « les molécules d’oxyde de lithium utilisées dans le traitement des troubles bipolaires » dans ces structures cruciformes suspendues recouvertes de brillants façon boules à facettes ? Cependant si la mise en scène rappelle les salles de danse, obscures et lumineuses à la fois, Disco Ball (2018) dégage une impression pesante. Et on aurait pu être déstabilisé davantage dans ce dernier étage si l’environnement sonore, déclinant en boucle plus de deux cents chansons évoquant des substances psychotropes, eut été plus puissant, voire violent, insupportable.

House or Mind ?

Nous pourrions recommander de terminer cette visite par la Chapelle Saint Sulpice. Dans ce petit bijou d’art roman provençal, l’atmosphère respire à première vue un air d’Alice au pays des merveilles. Si la petite maison d’apparence de conte pour enfants ne décolle pas plus -elle devait initialement davantage simuler un envol- , quel rôle jouent les objets surdimensionnés posés au sol, rattachés à elle par de solides filins d’acier ? Raquette de tennis, crayon à papier, clef auto, réveil à cloches, couteau suisse, composent un réseau arachnéen, un soupçon enfantin, dérisoire et, dans le même temps, nous renvoient à un quotidien qui ne semble pas si serein à la vue du poing américain. Avec cette Flying house, version 2019, le merveilleux se mute en questions façon Petit Prince. Disorder in your house or in your mind ? Pour ajouter à votre trouble, une application Snapchat vous ramènera virtuellement à la maison dans un univers de synapses -rappelant Flying house (les dessins), In my brain ou Thinking outside the box vus dans le premier volet. Mais de quel genre de maison au juste ?

Claude Lorin
Mai 2019

Disorder in the house, chapitre 2
jusqu’au 5 juin
Chapelle Saint Sulpice, Istres
04 42 55 50 83
jusqu’au 12 juillet
Centre d’Art Contemporain intercommunal, Istres
04 42 55 17 10
istres.fr

Photo : Flying house, installation à la chapelle Saint Sulpice/Disorder in the house chapitre 2, Istres 2019. © Photo C. Lorin/Zibeline

Centre d’art contemporain intercommunal
2 rue Alphonse Daudet
13800 Istres
04 42 55 17 10
http://www.ouestprovence.fr/