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Ni Vivants ni morts de Federico Mastrogiovanni : cinq années d’enquêtes sur les disparitions forcées au Mexique

No man’s land

Ni Vivants ni morts de Federico Mastrogiovanni : cinq années d’enquêtes sur les disparitions forcées au Mexique - Zibeline

Cet ouvrage est le fruit de cinq années d’enquête méticuleuse, de recueil de documents et de témoignages sur un fléau mexicain : les disparitions forcées. On connaît les cas des dictatures argentine et chilienne, moins celui du Mexique contemporain. En 2013, on compte 18645 disparus, soit deux par heure. Qui est impliqué d’après les recherches de Federico Mastrogiovanni ? Les cartels de la drogue, qui sèment la terreur et forcent les paysans à cultiver de la marijuana et du pavot ; les grandes firmes multinationales auxquelles le Président Enrique Peña Nieto a, au détour d’une réforme énergétique fallacieuse, bradé un sous-sol riche en hydrocarbures, sur un territoire contrôlé par le groupe criminel le plus dangereux du pays, les Zetas. Pour exploiter ces ressources situées sur des terres arables, quoi de mieux que de terroriser la population pour la faire fuir…

Que fait la police ? Au mieux, elle est incompétente et ne mène que des enquêtes infructueuses. Au pire, elle est complice, achetée par l’argent ou les menaces de mort. La justice, l’armée et l’État sont aussi mis en cause. Le gouvernement tire profit de cette situation : le maintien de la société dans un état de panique permet la réalisation de réformes impopulaires comme la loi fédérale qui nuit aux travailleurs, ou la loi sur la sécurité nationale qui permet de décréter un état de siège militaire et de qualifier de « terroristes » les protestations sociales. Les victimes sont par ailleurs systématiquement criminalisées, afin de détourner l’attention. La liberté de la presse n’existe pas ; les journalistes trop curieux sont menacés, torturés, portés disparus, assassinés.

En 2012, une loi, source d’espoir, réforme le Code pénal de Nuevo León : le délit de disparition forcée devient un délit permanent, ce qui permet d’engager des poursuites pour des disparitions datant de 10 ans. Malgré cette avancée considérable, la situation ne s’est pas améliorée. Le 26 septembre 2014, date devenue emblématique, la disparition/exécution de 43 étudiants d’Ayotzinapa brise enfin le silence et donne à ce sujet une visibilité internationale. Ni vivants ni morts est le résultat d’un travail pertinent et courageux.

MARION CORDIER
janvier 2017

Ni vivants ni morts a reçu le prix PEN Mexico et le Prix national du journalisme en 2015.
Ni Vivants ni morts Federico Mastrogiovanni
Métailié, 18 €