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Vu par Zibeline

A Berlin, Adele Tulli nous invite à "un voyage à travers les stéréotypes du genre"

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A Berlin, Adele Tulli nous invite à

Maillots une pièce, ventres rebondis, des corps féminins sans tête se meuvent collectivement sous la ligne de flottaison d’une piscine : Normal, le documentaire de la réalisatrice italienne Adele Tulli, sélectionné pour la 69ème Berlinale, Section Panorama, commence par un cours d’aquagym pour femmes enceintes. Se poursuit par la course de petits motards en herbe, assistés par leurs pères, le moulage à la chaîne de jouets genrés, en plastique bleu ou rose, la gym post partum au parc, poussettes en avant, des jeunes mères, le percement des oreilles d’une fillette bien sage saisie en gros plan, l’hystérie d’adolescentes pour le youtubeur Antony di Francesco… Les séquences vont ainsi se juxtaposer proposant une mosaïque d’images qui dessinent peu à peu ce qu’on considère comme la « normalité », c’est-à-dire ce qui suppose l’adhésion d’une majorité formatée dès le berceau. Moulage des jouets, mise en forme –au pli ? des corps. Pour les filles, footing, aérobic, danse érotique, concours de miss, maquillage, lissage des rides, parures de princesse puis de mariée. Pour les garçons, foot, boxe, sports mécaniques, tenues de soldat ou de pilote. Sans autre commentaire que le montage, le cadrage, l’association, l’accumulation, le rythme soutenu et punchy de la partition musicale, la réalisatrice montre une Italie où, de l’enfance à l’âge adulte, s’imposent et se reproduisent les stéréotypes. Avec précision, juste à la bonne distance, elle met en évidence les mises en scène sociales. Et, le mariage, fondement de la famille, y tient forcément une large part. Mais ce que d’aucuns pensent normal se décrédibilise ou fait frémir ici Les conseils prodigués aux fiancées pour devenir des épouses parfaites au service du mâle Alpha, par une femme mature et expérimentée, les séances pré-matrimoniales assurées par le curé, l’hallucinant shooting sur la plage opéré par un photographe dirigeant les mariés comme dans un film, ou encore l’enterrement de la vie de jeunes filles dévorant des gâteaux-phallus dans une vulgarité absolue. C’est drôle et …terrifiant ! Et si le film se clôt par un mariage homosexuel, signe d’une évolution possible de la norme, il laisse cette question ouverte.

La réalisatrice dont le premier film 365 Without 377 parlait en 2011 de la dépénalisation de l’homosexualité en Inde, dont le deuxième Rebel Menopause en 2014 faisait le portrait de la militante féministe Thérèse Clerc, poursuit avec ce troisième opus une réflexion sur le genre dans une société européenne contemporaine. Et c’est passionnant !

ELISE PADOVANI
Février 2019

Normal : Produit par FilmAffair, en coproduction avec AAMOD et Istituto Luce Cinecittà, en collaboration avec Intramovies, en collaboration avec Rai Cinema et Ginestra Film. Normal est vendu à l’international par Slingshot Films.