Immense Torreton dans La vie de Galilée de Brecht

No braveryVu par Zibeline

Immense Torreton dans La vie de Galilée de Brecht - Zibeline

La ténacité admirable de Galilée face à l’obscurantisme religieux ne fait pourtant pas du célèbre scientifique une figure messianique. C’est du moins une des conclusions que Bertolt Brecht apportait à sa célèbre Vie de Galilée, pétrie des doutes et des ambivalences que nourrissait l’auteur. Le célèbre personnage y concluait notamment, à l’issue du procès où il décida de se rétracter, la maxime suivante : « Malheureux le pays qui a besoin de héros ». Soucieux d’échapper à la peine de mort, qui avait rattrapé Giordano Bruno dix ans auparavant, Galilée avait alors abjuré ses découvertes scientifiques, faisant d’une Terre en orbite autour du Soleil un des points de circulation de l’univers, et non son centre. Humain, Galilée ne s’en avère pas moins mal aimable sous la plume de Brecht et surtout sous les traits de l’immense Philippe Torreton. La mise en scène de Claudia Stavisky a également à cœur de mettre en avant cette noirceur, dans son choix de tons, d’un sérieux rarement adossé à l’ironie brechtienne, comme dans sa scénographie. Quitte à plonger souvent le plateau dans une lourde obscurité, rendue intelligible par les lumières délicates de Franck Thévenon. Ce parti pris a un avantage : il met notamment en avant le pessimisme et surtout la misogynie de Galilée qui semble contaminer la pièce même, et qui n’a que rarement été soulignée. L’admiration de ses pairs importe notamment plus au scientifique que l’amour et les sacrifices que lui prodiguent ses proches -l’émouvante Madame Sarti de Nanou Garcia, ainsi que sa fille Virginia, jouée non sans ironie par Marie Torreton. Il apparaît alors d’autant plus insupportable que les deux seuls personnages féminins de la pièce se montrent d’un bout à l’autre à la fois acquises à la cause de l’Église et capables d’un amour sans faille. Ambitieuse, et respectueuse du texte, la mise en scène fait cependant l’économie de la proverbiale conscience d’eux-mêmes acquise au fil du récit par les personnages. Elle ne s’en avère que plus suffocante.

SUZANNE CANESSA
Novembre 2019

Photo ©Simon Gosselin

La vie de Galilée a été donné du 5 au 7 novembre à La Criée, Marseille

La Criée
30 Quai Rive Neuve
13007 Marseille
04 91 54 70 54
http://www.theatre-lacriee.com/