Vu par Zibeline

"En compagnie de Nijinski" et des Ballets de Monte-Carlo

Nijinskymania

Sur les traces de Nijinski renoue avec la tradition des Ballets Russes de Diaghilev. C’est là que le chorégraphe des Ballets, Michel Fokine, présenta trois de ses pièces, Petrouchka, Le Spectre de la Rose et Daphnis et Chloé. Nijinsky, à son tour chorégraphe de la compagnie, créa L’après-midi d’un faune (1912). La troupe monégasque, accompagnée par l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo dirigé avec finesse par Kazuki Yamada, revisite ces quatre pièces. En ouverture, on goûte la fraîcheur du Daphnis et Chloé de Jean-Christophe Maillot, qui met en scène les héros du roman de Longus en se concentrant sur la découverte du sentiment amoureux et du désir, et ajoute un couple initiateur. Fraîcheur et tendresse, apprentissage de l’amour, de la jalousie, de l’émulation et des excès des corps se traduisent avec une délicate légèreté tandis que les dessins éphémères d’Ernest Pignon-Ernest retracent les diverses tentatives en un tableau mouvant qui répond à la fluidité des gestes des danseurs. Le style saccadé de Marco Goecke s’empare du Spectre de la Rose et ajoute à la partition initiale de Weber, L’invitation à la danse, son Maître des esprits. Le spectre de la fleur portée au bal se démultiplie, mais ne se lie pas à la jeune fille endormie qui danse son rêve. La géométrie millimétrée des corps est d’une célérité virtuose, sans doute au détriment de l’émotion. Deux créations (2018) complètent la soirée. Jeroen Verbruggen revisite L’Après-midi d’un Faune dans Aimai-je un rêve ?, duo dans une chorégraphie athlétique, limpide et poétique où l’érotisme se pare de la brume des rêves. Enfin, Johan Inger transpose Petrouchka dans le monde de la mode. Le magicien-couturier, Sergeï Lagerford, suivi de ses aides, voit avec stupéfaction les mannequins jetés au rebut s’animer alors qu’il dirige un inénarrable défilé de mode. La passion des mannequins, contemporaines marionnettes, souligne par sa fougue l’artifice du monde… Le tout est porté avec l’énergie et la finesse des merveilleux danseurs des Ballets, qui nous livrent ici un kaléidoscope des sentiments amoureux. Et c’est délicieux.

MARYVONNE COLOMBANI
Octobre 2019

En compagnie de Nijinski a été donné du 23 au 25 octobre à l’Opéra de Monte-Carlo

Photographie : Petrouchka © Alice Blangero