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Aïcha Macky et Amina Weira, deux cinéastes nigériennes à suivre

Nigériennes à Apt

• 10 novembre 2016⇒17 novembre 2016 •
Aïcha Macky et Amina Weira, deux cinéastes nigériennes à suivre - Zibeline

Parmi les 20 longs métrages présentés à Africapt, une majorité de documentaires (13) dont plusieurs réalisés par des femmes. Deux nous viennent du Niger, Aïcha Macky et Amina Weira, avec des films nécessaires, citoyens, qui abordent des sujets tabous.

Se dire et dire le monde
Le premier, L’Arbre sans fruit, traite du statut des femmes sans enfant dans un pays où le taux de fécondité est le plus élevé au monde et dépasse les 7 enfants. Une véritable malédiction qui expose les femmes à la présence de coépouses, à l’arnaque de certains marabouts, à la répudiation, au rejet total de la communauté.
Peut-on au Niger être femme sans être mère ? C’est à cette question que s’attaque frontalement Aïcha Macky, n’hésitant pas à évoquer sa propre histoire, elle qui a perdu sa mère au moment de la naissance de sa sœur. Son film, rythmé par les paroles de femmes qui n’ont pas réussi à devenir mères, par les témoignages à « Radio alternative » et par une lettre lue à sa mère «Dans mes nuits blanches, ton esprit guide mes pas ou Je suis un arbre sans fruit» , brise les tabous, comme dans cette scène où un imam, à l’école coranique, encourage à demander le divorce si le mariage ne conduit pas à la jouissance et au plaisir de la femme comme de l’homme, et éventuellement à porter plainte auprès des chefs religieux. Ou encore, quand la réalisatrice va filmer dans un lieu interdit aux femmes, le cimetière où repose sa mère.
L’Arbre sans fruit de cette jeune réalisatrice formée à l’université Gaston-Berger de Saint-Louis du Sénégal, qui permet de se dire et de dire le monde a déjà obtenu, à juste titre, le prix du meilleur documentaire à African Movie Academy Award’s (AMAA) au Nigéria et le Prix 1er Film au Festival Jean Rouch à Paris.

Ecouter l’interview d’Aicha Macky sur WRZ

larbreL’Arbre sans fruit © Les Films du Balibari

Témoigner
Le deuxième, La Colère dans le vent, donne la parole aux habitants de la zone minière d’Arlit exploitée par Areva, contaminée par la radioactivité, région d’où vient la jeune réalisatrice, Amina Weira qui a fait elle aussi son master de réalisation à Saint-Louis du Sénégal.
« Je filme ma société » dit-elle.
Son père est un ancien travailleur de la mine d’uranium, et tout comme ses collègues, il a vu la transformation d’un espace pastoral à la limite du désert à une ville de plus de 130 0000 habitants depuis la découverte du gisement en 1968. Une ville qui a vu arriver des milliers de migrants, attirés par le travail, par ce « deuxième Paris » où il y avait l’eau, l’électricité, la climatisation. La mine où le père de la réalisatrice a travaillé durant 35 ans, sans aucune protection au début, sans masque ni gants ; où les ouvriers, tels « des manches de pelle qu’on peut utiliser tant qu’ils ne cassent pas » sont malades ; où les expatriés touchent le salaire de 50 nationaux. Une région où l’eau est empoisonnée et où ceux qui ont de l’argent boivent de l’eau minérale ; où le poison est partout, dans les murs des maisons, dans les marmites et les bidons confectionnés avec les ferrailles récupérées dans les mines ; où les arbres qu’on plante dépérissent ; où le taux de radioactivité constaté par la Criirad (Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité) et les O.N.G. est très élevé… et où à certains moments de l’année de violents vents de sable, chargés de substances radioactives, balaient la ville.
C’est tout ce que montre la courageuse réalisatrice dans ce film dont le tournage, difficile, a été interrompu à 2 reprises par la police et la gendarmerie. Et c’est à un personnage, mutique, croisé au milieu du désert, qu’Amina confie son désarroi face à cette situation terrible que le gouvernement nigérien ne semble pas prendre en compte. S’égrènent les paroles de la chanson sur les images de silhouettes qui déambulent dans la ville ocre balayée par le Vent de la colère « Oh je pleure, mon amie, n’acceptez pas les hommes des mines car ils sont maudits et car c’est l’enfer qui vous attend »

 

111935208_oLa Colère dans le vent © Vraivrai films

ANNIE GAVA
Novembre 2016

Photo : L’Arbre sans fruit © Les Films du Balibari


Festival des Cinémas d’Afrique du Pays d’Apt
12 place Jules Ferry
84400 Apt
07 82 64 84 99
http://www.africapt-festival.fr/