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Vu par Zibeline

My Chet My song, bulle de magie hors du temps au Quattro de Gap

« Nice and easy »

• 16 décembre 2018 •
My Chet My song, bulle de magie hors du temps au Quattro de Gap - Zibeline

Concert inhabituel que celui de My Chet My song, donné dans la grande salle quasi comble du Quattro de Gap, réunissant sur un même plateau l’Orchestre Symphonique de l’Opéra de Toulon et un Quintet de jazz. Le propos, reprenant, entre autres, les titres du CD éponyme sorti en 2014, rendait hommage à Chet Baker, à travers des arrangements de ses œuvres et de pièces qui lui étaient familières, mêlés à des compositions originales de Riccardo del Fra, qui fut son contrebassiste pendant plus de neuf ans. Rappelant la formule « Nice and easy » que prononçait Chet Baker juste avant de commencer un morceau, le musicien évoque poétiquement le « bien-aimé de la Muse », « medium d’un message sonore qui a touché ceux qui étaient près de toi et prêts à toi, orpheline au terminus d’une allée faite de révélations, et dont on repart plein d’indicible en sachant qu’il n’est pas nécessaire de regarder en arrière pour continuer à te voir, pendant qu’on avance ». Le spectacle en est le subtil reflet : pas de retour vain en effet, mais une réinterprétation dans l’esprit, en conservant l’originalité et la personnalité de chaque interprète. Ainsi l’affirme la partition lumineuse de Riccardo Del Fra, Wind on an open book : « C’est arrivé à tout le monde, sourit-il, que le vent s’amuse à tourner les pages d’un livre que l’on est en train de lire, on recommence sa lecture sur des pages déjà lues, mais quelque chose a changé dans notre manière de les recevoir… ce qui nous amène à réfléchir sur le temps, ses métamorphoses, les sens qui s’ajoutent, transforment nos perceptions… La musique trente ans après offre de même de nouvelles lectures sans perdre sa profondeur. » Se décline une évocation sensible où cordes et vents (dirigés avec une précision passionnée par Léo Margue) dessinent de larges respirations aux élans oniriques, avec lesquelles dialoguent les instruments virtuoses, piano (Bruno Ruder), trompette (Fabien Mary), saxophone (Rémy Fox), batterie (Ariel Tessier) et la fantastique contrebasse de Riccardo del Fra. Inventions harmoniques, improvisations d’une liberté jubilatoire, frottements en épure, retours au thème, fluidité rêveuse où éclot une beauté intemporelle. Une bulle de magie hors du temps !

MARYVONNE COLOMBANI
Décembre 2018

Photo: Riccardo Del Fra © Christian Ducasse

Concert donné le 16 décembre, au Quattro, Gap