Au Pavillon Populaire, l’École de New York, condensé de regards libres

New York, un nouveau regardVu par Zibeline

• 10 novembre 2020⇒10 janvier 2021 •
Au Pavillon Populaire, l’École de New York, condensé de regards libres - Zibeline

Au Pavillon Populaire, il s’agit toujours de « la première », ou de « la plus grande », ou autre exception montpelliéraine. Les expositions photographiques proposées dans le lieu dirigé par Gilles Mora sont en effet chaque fois une sorte d’événement. The New York School Show l’est à double titre : c’est la première fois que les artistes de ce groupe sont montrés ensemble en Europe, et son contenu rassemble 160 tirages d’époque (entre 1935 et 1965), réunis grâce au concours de Howard Greenberg, galeriste et co-commissaire (avec Gilles Mora) de l’exposition. Il est l’un des plus importants collectionneurs qui se soit intéressé de près à ces années charnières dans la pratique de la photographie aux États-Unis (en particulier les années 50 et 60), et dans son sillon, des prêteurs privés ont accepté d’envoyer leurs tirages à Montpellier. Les 22 artistes réunis n’avaient pas conscience d’appartenir à un groupe, même s’ils partageaient, avant même des lignes artistiques, des idées sociales et politiques marquées à gauche. C’est bien plus tard, lors de la sortie d’un livre de l’historienne de la photographie Jane Livingston en 1992, que les travaux de 16 d’entre eux seront présentés comme un ensemble homogène. Outre le fait qu’elle posait la question de ce qu’était devenu, après les si charismatiques années 30 (Walker Evans en tête), la photo documentaire américaine, son ouvrage a permis de faire découvrir à beaucoup ce courant très particulier et extrêmement novateur de la prise de vue. L’exposition montpelliéraine, en allongeant la liste de 6 noms supplémentaires, parvient à restituer le vent de liberté formelle qui animait ces photographes urbains, et à tisser un lien autre que théorique entre les différents travaux.

Un grand cri

Au fil de la visite, au parcours très bien conçu, avec un espace dédié pour chaque photographe – même si pour certains seules une ou deux photos sont accrochées (Diane Arbus, Robert Frank), ce qui leur confère un véritable écrin – , il se dégage une sensation très nette de mouvement. Les photographes se déplacent, se retournent, visent, suivent ; ils investissent leur terrain, s’en rapprochent jusqu’au gros plan presque abstrait, n’hésitent pas à baisser les yeux sur des jambes qu’ils cadrent comme des éléments autonomes. Le bougé devient un style revendiqué. Les pellicules sensibles, nouvellement arrivées sur le marché, permettent de photographier le monde de la nuit, ombres et lumières confondues dans un flou qui pulse. La ville, New York, est une entité qui regorge de sujets, à attraper au vol. C’est une farandole (presque exclusivement) en noir et blanc, où les vies explosent sur le papier. Les histoires personnelles existent à travers un regard, une posture. La Femme à Coney Island (Lisette Model), bien campée sur ses jambes, sourire communicatif, maillot une pièce sur son corps généreux, nous entraine dans une existence qu’on a tout de suite envie d’inventer. La Sourde-muette (Louis Faurer), suspendue aux paroles de l’homme en face d’elle, parmi les tâches de lumières des phares qui lui font comme une auréole, percute autant qu’un grand cri dans la ville.

ANNA ZISMAN
Novembre 2020

Jusqu’au 10 janvier
Pavillon Populaire, Montpellier
04 67 66 13 46 montpellier.fr

Pavillon Populaire
Esplanade Charles de Gaulle
34000 Montpellier
04 67 66 13 46
montpellier.fr/506-les-expos-du-pavillon-populaire.htm