Le contorsionnisme poétique d'Alexander Vantournhout charme et interroge les limites de l'humain

Neck plus ultraVu par Zibeline

Le contorsionnisme poétique d'Alexander Vantournhout charme et interroge les limites de l'humain - Zibeline

Expérience limite et sans limite puisqu’on n’aura pas vu la fin de la performance sans fin du très fin Alexander / Aneckxander Vantournhout si facile à décrire et carrément impossible à raconter. Autant dire tout de suite que c’est étonnant puis stupéfiant puis émouvant et on peut inverser l’ordre des adjectifs sans trop risquer de se tromper. Ce jeune homme est un corps, visage et grands yeux bleus compris dont il joue franchement à rebours des lois de l’Evolution ou de l’Harmonie corporelle ; long plutôt que grand, pliable plutôt que souple ou délié, osseux et musclé et pourtant charnu ; nu en tout cas à l’exception de trois accessoires-prothèses qui pourraient eux raconter une histoire… peut-être : de surdimensionnées chaussures à plate-forme qui le promènent (le propulsent, l’empêchent, le fixent, l’entraînent), des gants de boxe plus proches de la moufle protectrice que du réservoir à coup de poings, une fraise bien blanche bien empesée autour d’un cou à faire pâlir l’organe de Cyrano  qui soutient sa tête de Pierrot lunaire. Que fait-il ? Que veut-il ? Il tente, il essaie, se met à l’épreuve ; il recommence, il ajuste, franchit et déplace sans cesse les lignes du corps humain, fait danser ses os ou sa langue gélatineuse,  se retrouve alors volaille plumée prête à être enfournée, gigantesque bite dressée, écorché ou grenouille à disséquer, homme de Bacon plutôt que de Vitruve ; le regard cherche le spectateur sans le défier, inquiet, en quête d’approbation et les notes frêles d’Arvo Pärt qu’il ranime sur un clavier suggèrent l’infini de la répétition. Le superbe monstre, pensionnaire d’un cirque crépusculaire, outrepasse les applaudissements, poursuit ses explorations, nous regarde doucement quitter la salle au gré de notre épuisement ou de notre satisfaction. Se sentir « tout chose » c’est peut-être ça au fond !

MARIE JO DHO
Octobre 2016

Aneckxander, conçu par Alexander Vantournhout et Bauke Lievens a été donné le 4 et 5 octobre au théâtre des Bernardines dans le cadre de la 16e édition d’Actoral.

 

Théâtre des Bernardines
17 Boulevard Garibaldi
13001 Marseille
08 2013 2013
http://www.lestheatres.net/