Sciences de la vie de Joy Sorman : aborder avec ironie et tendresse un corps et sa maladie

Ne me touche pasLu par Zibeline

Sciences de la vie de Joy Sorman : aborder avec ironie et tendresse un corps et sa  maladie - Zibeline

Le roman de Joy Sorman explore à nouveau un fantastique discret, à peine métaphorique. Dans La Peau de l’ours, son plantigrade était symbolique d’on ne sait quoi, vraiment animal mais si humain qu’il nous parlait de l’amour des femmes pour les ours. La peau de Ninon est tout aussi mystérieuse et familière. Ce dont elle souffre -indéfinissable, invisible, bizarrement héréditaire, malédiction et fierté transmise par les femmes, changeant à chaque génération, mais hystérique toujours, et modifiant les sens et la peau- est une métamorphose à la fois singulière et usuelle, celle que nous subissons adolescentes, mais pas seulement. Il est bien question de Sciences de la vie, cette matière enseignée au lycée, mais qui au sens propre ne s’acquiert qu’en expérimentant son propre corps, sa propre histoire. Ninon s’apprend à travers la maladie de sa peau, la douleur et l’épreuve, obstinément.

L’art du récit de Joy Sorman tient le lecteur en haleine avec un roman qui se lit d’une traite, légèrement : le personnage principal est attachant, observé de près mais raconté de l’extérieur avec une ironie et une tendresse discrètes, accompagné sans faillir par une mère forte, culpabilisée de ce qu’elle a fièrement transmis, et acceptant un rejet nécessaire. Les chapitres enchaînent les innombrables tentatives de guérison, consultations médicales, psychanalytiques ou chamaniques, l’évolution de Ninon au fil des mois de souffrance, et le récit des folies et maladies inexpliquées de ses aïeules, frappantes hystéries collectives, coups de foudre impressionnant, au sens propre, les peaux. Au final une fois encore le mystère demeure, le sens exact de la métamorphose : Sciences de la vie cite Kafka, mais prend corps de façon plus légère, moins politique et plus intime, dans un univers presque exclusivement féminin, résolu par la relation tactile à la peau des hommes.

AGNÈS FRESCHEL
Septembre 2017

Sciences de la vie, Joy Sorman
Éditions du Seuil, 18 €

Les Correspondances
20 au 24 septembre
Manosque
04 92 75 67 83 correspondances-manosque.org

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