Slow, Désir et désillusion de Christophe Apprill aux Éditions L’Harmattan

Naissance et mort d’une danseLu par Zibeline

Slow, Désir et désillusion de Christophe Apprill aux Éditions L’Harmattan - Zibeline

Pas de rythme, pas de chorégraphie, et pourtant, une danse, voici le slow ! Profitant du paradoxe, le sociologue et danseur Christophe Apprill compose un opus brillant consacré à cette danse apparue aux USA à la fin des années 50 sur le plateau d’une émission télévisée. Son analyse de cette danse, ou plutôt de cette « non-danse », s’orchestre en quatre mouvements qui s’attachent d’abord à une approche descriptive, s’appuyant sur des témoignages vécus qui évoquent le slow dans sa dimension d’approche amoureuse, de jeu de séduction ou de jeu tout court. Puis l’auteur en dégage une lecture linguistique et la contextualise selon des axes historique, politique, économique, sociologique et montre comment les nouvelles technologies transforment les relations entre les êtres. S

i le slow, « dans le Sahel culturel de l’éducation au corps », apparaît « comme un laboratoire pour apprendre à doser son désir et à l’exprimer en gestes et en regards », il semble aussi suppléer au vocabulaire qui peine à se dire : il « instaure dans ce vide (celui du non-dit, nldr) un dialogue des corps où la parole (qui nous fait oublier ordinairement nos corps) n’est pas convoquée ». Danse égalitaire (pour une fois ni guidant ni guidé), le slow dissocie le plaisir de la procréation. Sa disparition n’est sans doute pas due, comme on pourrait le croire, à l’apparition de nouvelles danses, rock, disco, house, techno qui l’auraient submergée.

La danse de couple a la force d’une institution, « formalisée dans les salons bourgeois urbains », « confortée par le droit régissant l’organisation de la famille » dans son opposition à celle, « hégémonique » des mondes ruraux « en lien avec les modes collectifs d’existence rythmés par les travaux agraires ». Si le slow ne survit pas à « l’épreuve de la décennie 1980 » c’est que « la “culture” a subtilement été transformée en marchandise ». Les lois économiques édulcorent la transgression qu’instaurait ce lent duo, (sublimé dans India Song de Marguerite Duras), cette dernière devient norme et le slow s’éteint. Une manière intéressante de relire notre siècle et d’en percevoir les transformations…

MARYVONNE COLOMBANI
Novembre 2021

Slow, Désir et désillusion
Christophe Apprill
Éditions L’Harmattan, 14 €