Critique: Une empreinte sur la terre, Pramoedya Ananta Toer
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Une empreinte sur la terre, Pramoedya Ananta Toer

Naissance d’une conscience collective

Une empreinte sur la terre, Pramoedya Ananta Toer  - Zibeline

Le troisième volet de la tétralogie de Pramoedya Ananta Toer, Buru Quartet, Une empreinte sur la terre, suit l’itinéraire de Minke, aux débuts du XXe siècle, au cœur des Indes Néerlandaises. La vie du personnage se rapproche ici de la biographie et s’inspire largement de celle du journaliste Tirto Adhi Soerjo (1880-1915), grande figure de l’éveil national indonésien. Minke arrive à Betawi (Batavia, actuellement Jakarta), la capitale, pour entrer à l’école prestigieuse de médecine, la Stovia, réservée aux indigènes. Transporté par l’enthousiasme de découvrir un monde nouveau comme le siècle qui débute, il se sent enfin « entièrement libre de corps, de cœur et d’esprit », « moderne ». Certes, l’école exige des élèves de se vêtir de manière traditionnelle et rester pieds nus, mais son statut de Raden Mas (le plus haut titre dans l’aristocratie javanaise) l’autorise à fréquenter notables influents, intellectuels, gouverneur… Peu après la mort de sa deuxième épouse, Mei, pour laquelle il a délaissé ses études afin de la soigner, il est renvoyé de la Stovia (à la veille de sa dernière année d’études). « Je préfère mille fois être un individu libre qu’un médecin du gouvernement » déclare-t-il alors à ses condisciples, « nous nous reverrons dans le monde réel ». Ce monde réel, il va l’aborder par le biais du journalisme, et sa contribution à la fondation des premières associations d’indigènes de l’Indonésie. Les difficultés inhérentes à la composition pluriethnique, pluriculturelle, pluricultuelle, plurilinguistique, et au système complexe des castes de cette région du monde, seront un frein à la première association, mais naît un journal dont Minke est le rédacteur en chef, le Medan qui sera lu jusqu’en Europe. Le livre arpente les Indes Néerlandaises, nous fait prendre conscience de leur complexité géographique et ethnologique, resituant ce territoire dans son contexte politique, commercial, international. Un roman d’une passionnante acuité, dans lequel le personnage se construit en même temps que sa conscience politique et collective.

Le quatrième volet de Buru Quartet sortira en octobre.

MARYVONNE COLOMBANI
Juillet 2018

Une empreinte sur la terre, Pramoedya Ananta Toer
Traduction Dominique Vitalyos
Éditions Zulma, 24.50€