Mars en baroque 13ème édition : suite et fin d'un festival qui prend chaque année de l'ampleur !

Musiques de reines et de cours…Spectacle partenaireVu par Zibeline

• 23 mars 2015⇒31 mars 2015 •
Mars en baroque 13ème édition : suite et fin d'un festival qui prend chaque année de l'ampleur ! - Zibeline

En marge du festival, Mars en Baroque tisse des liens avec des lycées de la Région. C’est ainsi qu’un travail avec des élèves des lycées Agricole de Valabre et Diderot à Marseille (section design) se concrétise lors d’une « Étape Gourmande » (23 mars) au Relais 50 sur le Vieux-Port (Hôtel La Résidence). Sous la houlette du chef Emmanuel Perrodin, c’est un buffet « baroque » qu’on offre aux convives : on peut, tout en dégustant cailles, tourtes, gougères, mille feuilles arrosés de confiture de cassis… apprécier les musiques jouées en trio par Reynier Guerrero (violon), Flore Seube (viole de gambe) et Mathieu Valfré (clavecin). Un partage musico-culinaire complété par des animations poétiques, réalisations plastiques, déclamations ou chants entonnés de bon cœur par les lycéens supervisés par leurs professeurs !

Concerto Soave_Kier_2La Reine Cristina

Le lendemain (24 mars), on est dans le cœur du programme du festival qui atteint son rythme de croisière. C’est l’ensemble Concerto Soave, dirigé par Jean-Marc Aymes, et Maria Cristina Kiehr, exceptionnelle interprète des musiques vocales des 17ème et 18ème siècles, qu’on retrouve à l’église des Chartreux. Avec quel art la soprano tisse avec les cordes un dialogue tendre, expressif ! Son timbre suave et homogène sur tout le registre se marie à souhait à l’univers baroque, ses lamentations, déplorations, récitatifs dramatiques…Ce sont les « Fortunes et infortunes » de reines telles qu’Anne de Bretagne, Marie Éléonore de Suède qu’elle chante sur des musiques de Perti (une re-création mondiale !) ou Luigi Rossi. Enfin au sommet, on entend pleurer la reine Didon sur les notes de Cavalli, de Purcell : la pureté de son chant, éthéré, quasi désincarné, ravit et émeut l’assistance au moment du fameux « Remember me !» qu’elle lance dans un aigu désespéré ! Superbe !

Au temps de Charles IX

Mars en baroque, qui prend de plus en plus d’ampleur Da Pacemd’année en année, élargit son champ d’intérêt aux musiques de la Renaissance. C’est ainsi que le festival invite l’ensemble Da Pacem (26 mars) pour des chansons liées au règne de Charles IX (1560-1575). Intitulé « Élégance et insolence », le programme répartit la polyphonie entre voix et instruments, pratique courante à l’époque. C’est un répertoire d’une grande variété qui coule à l’oreille : de la superbe mélodie « Je suis déshéritée » de Claude Lejeune, interprétée avec un infinie suavité par Raphaëlle Kennedy, aux étranges chansons « chromatiques » ou « mesurées à l’antique » du même compositeur, avant-gardiste pour son temps. Mais c’est aussi Doulce Mémoire de Pierre Sandrin qu’on joue à la flûte (Marine Sablonnière), à l’orgue (Pierre-Adrien Charpy), lui répondant de ses tuyaux « boisés ». Ce sont les textes de Pierre de Ronsard qu’on goûte sur les musiques de Guillaume Boni, Costeley ou Anthoine Bertrand. Tout un univers raffiné qui côtoie le grivois… et des textes franchement lestes ! Vincent Bouchot se les met en bouche et ténorise avec un plaisir visible de renvoyer sa réplique rabelaisienne à sa soprano partenaire… tout aussi truculente ! Aux voix se mêlent en harmonie les basses tailles, la sacqueboute (Julien Lucchi) et la viole (Sylvie Moquet).
Un voyage dans le temps suivi, dans la Salle Musicatreize, par une belle assemblée d’amateurs et de curieux découvrant un répertoire qui reste encore à faire connaître du grand public !

Purcell for Queen Mary

A la sortie de Music for Queen Mary II (28 mars) on se dit qu’Henry Purcell était vraiment un génie musical. Les Anglais en ont peu… ils en sont d’autant plus fiers ! Dans l’église Saint-Cannat, on assiste sans doute au plus beau concert du festival. Il faut dire que l’alliage fusionnel entre les douze voix du chœur Les Eléments (dir. Joël Suhubiette) et les cordes de Concerto Soave (Jean-Marc Aymes aux claviers) est idéal. On passe des splendeurs de l’Anthem pour le Couronnement de la Reine Mary (fin du XVIIème siècle), ceux pour la Chapelle Royale avec basse continue, pour son anniversaire… aux douloureuses dissonances accompagnant ses funérailles. A point nommé, Maria Cristina Kiehr fait vibrer son soprano enchanteur pour quelques Hymnes qui, une nouvelle fois touchent l’auditoire. Un sommet baroque !

Stile Antico_3Stile Antiquo

Chez Stile Antiquo, les voix se multiplient comme les pains évangéliques. A géométrie variable le groupe de jeunes chanteurs anglais file de l’intimité du quatuor, pour la célèbre déploration « Mille regretz » de Josquin Desprez, aux magnificences latines de Morales, Tallis ou Isaac, oscillant de six à huit ou même dix voix différentes. La polyphonie est reine, fabuleusement dessinée. Les voix brillantes, des graves cuivrés aux ténors éthérés, altos sombres et sopranos aériens, les lignes mélodiques se confondent, s’envolent, s’éparpillent et s’accordent sur les cadences d’usage dans la « Maison des Habsbourg », ses consonances « rudes » à la quinte ou la quarte. Remarquable !

JACQUES FRESCHEL
Avril 2015

Photos : Les Eléménts & Concerto Soave / Maria Christina Kiehr / Da Pacem / Stile Antiquo (c) Elena Manente

Pour le début du festival voir : www.journalzibeline.fr/critique/zanni-et-compagnie/

L’édition 2016 poursuivra l’exploration de la thématique « Le Roi, le peuple… ». On annonce déjà la création d’un opéra inédit de Cavalli pour deux représentations à la Criée.