«Le Comte Ory» de Rossini s'est joué à l'Opéra de Toulon

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Lorsqu’en 1828, Rossini crée, sur un livret d’Eugène Scribe et Charles-Gaspard Delestre-Poirson, Le Comte Ory, son unique opéra comique en français, il y recycle avec bonheur la moitié de son précédent ouvrage Il viaggio a Reims (1825), dans le but toujours aussi évident de mettre à l’honneur la voix. Dans cette avant-dernière œuvre lyrique, il met en musique les tribulations d’un personnage prêt à tout pour assouvir son désir, lorgnant avec envie une jeune comtesse esseulée. Lors des représentations de l’œuvre donnée à l’Opéra de Toulon pour la première fois, rien ne semble avoir été oublié : servies par un casting irréprochable, les voix étaient généreuses et théâtralement bien incarnées dans des costumes taillés par Christian Lacroix. Les décors sobres et efficaces d’Éric Ruf étaient embellis par les lumières en clair-obscur de Stéphanie Daniel. Un ingénieux capharnaüm de boiseries évoquant l’intérieur d’une église servait de décor unique au premier acte où l’on assistait à un improbable chassé-croisé de personnages où les chœurs impeccables jouaient les leurs avec une ferveur éloquente. Le deuxième acte était lui resserré sur l’intérieur du château de l’élue. Un régal visuel mis en mouvement par Denis Podalydès dans une scénographie joyeusement foutraque et débridée qui cadrait on ne peut mieux avec l’atmosphère bouffonne de l’ouvrage. Excepté son accent latin prononcé, le ténor Francisco Brito incarnait à merveille la truculence de son personnage et sa voix brillante et légère s’accommodait très bien de la virtuosité du rôle du Comte. Marie-Ève Munger brillait de mille feux dans son rôle de soprano colorature incarnant une Comtesse Adèle fragile et émouvante. La sémillante mezzo Ève-Maud Hubeaux offrait au page Isolier une fougue bienvenue, Armando Noguera brillait dans son Raimbaud fourbe à souhait et la basse de Thomas Dear faisait mouche en gouverneur. Un plateau réjouissant qui prouvait que développé durablement et qualitativement, l’art du beau chant fait encore recette.

ÉMILIEN MOREAU
Février 2020

Le Comte Ory a été donné les 24, 26 & 28 janvier à l’Opéra de Toulon

Photo : © Opéra Royal de Wallonie-Liège, déc. 2018

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