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Mobile étoile de Raphaël Nadjari , un bel hommage à la musique sacrée et à ses interprètes

Musique au c(h)œur

• 20 avril 2016 •
Mobile étoile de Raphaël Nadjari  , un bel hommage à la musique sacrée et à ses interprètes - Zibeline

Mobile étoile est une mélodie créee par le compositeur Fernand Halphen, «mort pour la France» en 1917, élève de Ernest Giraud et de Jules Massenet, promoteur de cette musique française si élégante à cheval sur deux siècles. C’est aussi le dernier film du réalisateur franco-israélien d’origine marseillaise : Raphaël Nadjari, avec dans les rôles phares une autre marseillaise de naissance Géraldine Pailhas et le québécois Luc Picard. Ils y interprètent Hannah, chanteuse de musique classique et Daniel, pianiste, qui vivent à Montréal et peinent à maintenir à flot leur petite chorale spécialisée dans la musique française sacrée de la fin 19è. Une musique composée à l’origine pour les synagogues et dont les partitions demeurent souvent introuvables. Un ancien amant-professeur d’Hannah, Samuel lui apporte l’une de ces partitions-trésor, retrouvée et restaurée. Sa venue bouleverse l’équilibre du groupe auquel s’est adjointe une jeune soprano, Abigail ( Eléonore Lagacé) tandis que le père de Daniel ancien pianiste atteint d’Alzheimer s’enfonce dans l’oubli.

Raphaël Nadjari offre ici un travail plutôt courageux, par son sujet si … ténu, sa réalisation si … délicate et son traitement si … radical. Un film musical où les dialogues ne sont pas chantés mais où toute la communication passe par les chants, où le  choix de l’interprétation d’une pièce inspirée par le Cantique des cantiques devient l’enjeu d’un conflit artistico-amoureux et un véritable suspense, où la progression dramatique joue sur la répétition de scènes du quotidien concret des musiciens ( déménager des instruments, trouver des lieux de travail, prendre des rendez-vous, mendier des subventions, signer des chèques, coordonner le groupe) et sur la quête personnelle de tout artiste entre  humilité et orgueil, continuité et rupture. David donne un cours au Conservatoire sur la Nuance dans la musique française qui pourrait être une des clés de lecture de ce film-partition «joué» presque toujours à mezza voce, voire à sotto voce avec un fortissimo réprimé ou maîtrisé. La musique entièrement composée pour l’occasion par Jérôme Lemonnier (à l’exception de Mobile étoile) sur des adaptations poétiques d’Emmanuel Moses, à partir de textes hébraïques, est tout aussi convaincante que les interprètes doublés par des professionnels. Le réalisateur prend le temps de faire entendre ces chants célébrant l’amour en Dieu, jusqu’à la dernière note. Et c’est très beau.

ELISE PADOVANI

AVRIL 2016

Sortie nationale le 27 avril 2016

L’avant-première a eu lieu au cinéma Le César en présence de Géraldine Pailhas et de Raphaël Nadjari le 20 avril à 19H30 avec un débat animé par Xavier Nataf.

PHOTO © Sebastien Raymond


Cinéma Le César
4 Place Castellane
13006 Marseille
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