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La programmation du Balcon joue des rapports entre musique et théâtre, sur tous les tons

Musique au Balcon

La programmation du  Balcon joue des rapports entre musique et théâtre, sur tous les tons - Zibeline

Théâtre musical, musique contée, opéra-comique de poche, confession en musique, danse sur création musicale, toutes les formes scéniques  de la musique sont à l’œuvre, hors la chanson, et sur tous les tons : du plus comique au tragique pur. La compagnie Interface danse pour la troisième année J’ai hâte d’aimer (texte Francis Lalanne, musique  André Pignat), Je t’aime à l’italienne (chorégraphie Octavio de la Roza) propose quelques moments de danse virtuose sur des tubes italiens, de Luigi Tenco à… Verdi. Dans Night in white Satie  Pierre Notte relie les textes et la musique du compositeur elliptique, tandis qu’Agnès Regolo dans Les règles du savoir-vivre dans la société moderne (journalzibeline.fr/critique/nos-metteurs-en-scene-aiment-les-textes/) construit un contrepoint musical, et dansé, à l’hystérie maniaque du texte de Jean-Luc Lagarce…

Serge Barbuscia outre le remarquable PompierS (journalzibeline.fr/critique/lintimite-violee/) reprend J’ai soif, qu’il avait créé en 2009 (journalzibeline.fr/critique/des-visages-des-figures/) avec le pianiste Roland Conil. Mais cette fois-ci c’est un quatuor coréen qui joue Haydn, et entre en résonance avec les mots de Primo Levi. Si c’est un homme parle de la soif constante des déportés d’Auschwitz, physique et spirituelle ; Barbuscia avance, et porte en son corps imposant, désemparé, les 7 paroles du Christ en croix, et celles des juifs suppliciés.

Dans Le Jour où j’ai rencontré Frantz Listz le rapport entre théâtre et musique s’inverse : Pascal Amoyel, pianiste exceptionnel, (journalzibeline.fr/critique/evasion-de-la-cour-des-anges/) sait évoquer en racontant, en l’incarnant aussi parfois, la figure du compositeur virtuose. Mais c’est surtout en interprétant ses partitions qu’il le fait vivre, en disant son rapport tendre à cette musique avec son art de musicien, en particulier lorsqu’il joue les dernières pages de Listz, qui ont cessé de faire courir les doigts virtuoses, et cherchent l’émotion du son ténu…

Olympia ou la Mécanique des sentiments est tout autre. Il s’agit d’un véritable projet opératique, avec livret, partition originale pour trois chanteurs lyriques et trois musiciens, décor, maquillages, costumes  et accessoires travaillés pour plonger le spectateur dans un univers fantastico-comique.  À la Tim Burton, mâtiné de famille Adams, et d’un brin de Frankenstein. La musique de Jérôme Boudin-Clauzel est d’une belle richesse harmonique et mélodique, s’amuse à citer Carmen ou les Pêcheurs de perles, et à profiter des moments fantastiques pour introduire de jolies dissonances. Soutiens constant des voix qu’ils mettent en valeur, les trois musiciens donnent le ton sans couvrir, en vrais pros… Les chanteurs sont excellents, toujours justes, avec des voix amples et chaudes : le sopraniste Luc Emmanuel Betton sait aussi donner du baryton, Estelle Andrea en Olympia a une voix pure, facile et innocente, et Magali Paliès joue les terreurs de sa voix de marâtre proche de la reine de la nuit même si ses graves sont parfois trop obscurs. Le rapport du public à la scène, dans la proximité du théâtre du Balcon, donne à ce spectacle volontairement outré un côté hors mode potache pas désagréable : les acteurs en font des tonnes, sans réalisme, roulent des yeux, exécutent des numéros de pantins, parlent d’outre-tombe, ont le désespoir pleurnichard. L’intrigue est à deux balles, le texte d’une enflure constamment ironique et sans prétention : William Mesguich, à la mise en scène, sait y diriger ses chanteurs sans complexe, et sans retenue !

AGNÈS FRESCHEL
Juillet 2017

Programme Off du Théâtre du Balcon
jusqu’au 30 juillet (relâche le 25)
theatredubalcon.org


Théâtre du Balcon
38 Rue Guillaume Puy
84000 Avignon
04 90 85 00 80
http://theatredubalcon.org/