La musique d'Arthur Dente portée par l'Octuor vocal d'Aix-en-Provence réenchante le monde

Música para siempreVu par Zibeline

• 26 mars 2017 •
La musique d'Arthur Dente portée par l'Octuor vocal d'Aix-en-Provence réenchante le monde - Zibeline

Un seul enregistrement permet d’approcher un versant de l’œuvre du compositeur guitariste hors pair qu’est Arthur Dente, Las Indias, Poésie en guitare (label Caminando). Puisant son inspiration dans l’humus de ses origines multiples, portugaise, espagnole, française (d’adoption), il allie la virtuosité de la guitare flamenca à la rigueur classique, poésie bleue, poésie rouge, notes rêveuses et éclats de passion, suggérant dans son Irlande/Andalousie, « le réel a besoin de son rêve »… « Je pourrais être perdu, dit El indio meditativo, mais comme l’être errant, (…) je voyage sans cesse ». « Il faut se fier à l’intuition » murmure El indio americano. Art poétique d’Arthur Dente qui s’immisce au cœur des frontières où naît la musique. Essentielle.

L’univers musical s’élargit par l’intrusion des voix, dans sa nouvelle création, Mundo Entero, pour guitare et chœur, servie avec bonheur par l’Octuor vocal d’Aix-en-Provence. Le programme permettait à la fois de goûter la richesse et la complexité (malgré leur air d’évidence) des compositions, et la beauté des voix, superbes sopranos, Fabienne Hua et Géraldine Jeannot, timbre délicatement grave des altos, Florence Blanc et Laetitia Alliez, ténors expressifs, Miguel Camacho et Nicolas Soheylian, basses larges et profondes, Yves Bergé et Guillaume Barralis. Ajoutant une note aérienne, la flûte et les subtiles percussions de Valentine Dente. La douceur de la rythmique brésilienne de Dilemme, s’ornemente d’accents proches de ceux de L’Après-midi d’un faune, tandis que les palmas nourrissent Porque se camina, et que la mélodie circule avec aisance entre les différents pupitres. De larges vagues refluent et s’emportent de nouveau, apportant ampleur et dramatisation à Continent, « aux confins du temps ». La guitare s’orientalise avec l’ « Alma hermosa » de L’adolescente orientale. On est saisi par l’émotion sourde de Meu pai, pureté de la ligne des sopranos, crescendo superbe depuis les basses aux aigus, dans une tension bouleversante. Enfin, un hymne à la liberté dénoue le concert avec Fuerte es mi corazon. Le public est debout, comblé. On souhaiterait que de tels concerts soient moins rares !

MARYVONNE COLOMBANI

Avril 2016

Concert donné les 16 et 17 avril, en l’église Saint Jean-Baptiste, Aix-en-Provence.

© MC

CD : Arthur Dente, Las Indias, Poésie en guitare (label Caminando)