Les espaces extérieurs du Mucem ouverts au public : un parcours magique

Mucem recto-versoVu par Zibeline

• 25 février 2021⇒16 avril 2021 •
Les espaces extérieurs du Mucem ouverts au public : un parcours magique - Zibeline

Les musées sont fermés jusqu’à une date indéterminée, certes. Mais pas les parcs et jardins ! Les espaces extérieurs du Mucem sont ouverts au public, ce qui n’est pas une mince consolation à mesure que les beaux jours se précisent. Sur les hauteurs du Fort Saint-Jean, dans le Jardin des Migrations, les arbres ont bien grandi et l’air marin leur réussit : les oliviers déploient leurs feuilles gris-vert, de même que les chênes qui ombragent les gradins de bois. Les amandiers sont en pleine floraison, le romarin d’un étonnant bleu violet explose face aux flots de la Méditerranée, les plantes aromatiques et médicinales rivalisent de parfums astringents. Disposés dans tous les recoins imaginables, au fil d’une promenade sensorielle particulièrement précieuse en ces temps anxiogènes, des sièges confortables pour s’installer avec un livre, un café…

L’Île de Yohanne Lamoulère

Pour enrichir encore la visite, le musée expose dans les coursives de pierre blonde une série d’images en grand format, sur des supports mouvants (un écho au dispositif ingénieux de l’exposition On danse ?, qui s’y tenait à la même époque il y a deux ans). Yohanne Lamoulère, formée à l’École Nationale Supérieure de la Photographie d’Arles, est retournée explorer les méandres du Rhône avec son appareil, en quête d’une île, anonyme langue de terre enserrée dans les bras du fleuve. Là encore, on peut y voir une continuité avec une précédente exposition, Le temps de l’île.

Une citation extraite d’un ouvrage de Jean Giono, Ennemonde et autres caractères, introduit le parcours conçu par l’artiste, documentant de poétique façon cet espace à la fois très sauvage et extrêmement pollué : « Quand les mystères sont très malins, ils se cachent dans la lumière ; l’ombre n’est qu’un attrape-nigaud. La Camargue est un delta, le dépotoir d’un fleuve, une alcôve. Jusque-là il a coulé, rapide, sans avoir le temps de faire de la métaphysique, il a vécu. Dans ce delta il est sur sa fin, il va disparaître dans la mer, alors il s’alanguit, il flâne, il se partage, il se love sur lui-même, il rumine, il hésite, il récapitule ; tout ce qu’il a jusqu’ici charrié il le compulse, il le mélange, il le pourrit, il en tire gloire. Tout ce qu’il a arraché à ses bords, il en fait du limon, de l’humus et du sable. Tout ce qu’il a tué, il s’ingénie à le ressusciter, tout ce qui est mort en lui, il le fait vivre. La graine qu’il a transportée furieusement, ici il la cajole, il la couve, il la fait éclater. »

Juste à côté, une main d’homme émerge de l’eau, brandissant une arme… en plastique. Plus loin, des fleurs emportées par le courant, une fillette drapée comme un charmant fantôme, des graminées. Le tout ondule au vent, éphémère et poignant, comme la beauté.

GAËLLE CLOAREC
Février 2021

Jardin des Migrations

L’Île
jusqu’au 15 avril

Espaces extérieurs du Mucem
Ouverts de 9h à 17h

Photo : -c- G.C.

Mucem
Môle J4
13002 Marseille
04 84 35 13 13
mucem.org