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Vu par Zibeline

Mozart féérique

 - Zibeline

Sous des dehors naïfs, La Flûte enchantée de Mozart est l’un des opéras les plus riches de l’histoire de la musique. Embrasser son impénétrable unicité demeure une gageure. Depuis 2007, la mise en scène de Jean-Paul Scarpitta a ses défenseurs et détracteurs. Elle fait le choix de l’onirisme et a pour mérite principal d’en mettre plein les yeux. Sa féerie aérienne, ses jeux de lumières, transparences, ses animaux-marionnettes à l’esthétique sophistiquée font briller les mirettes à la sortie du spectacle. La légèreté prime et le livret condensé rend l’ouvrage très accessible.

Dans la fosse, en juin 2012 à Marseille, la direction va dans le même sens : Kenneth Montgomery allège les tempos, gomme les lourdeurs. Sur le plateau, les aigus suspendus de Sandrine Piau (Pamina) font merveille, comme les éclairs vocaux de Burca Uyar (La Reine de la Nuit). Les chanteurs, libérés des dialogues parlés originels, se concentrent sur la musicalité : à ce jeu, Henk Neven (Papageno), les Trois Dames ou le trio d’enfants de la Chorale Anguelos se distinguent.

Pourtant, le parti pris a son revers. Le discours indirect qui remplace les dialogues du Singspiel allemand, déclamé par deux comédiens, adapte le propos avec poésie, mais le dépouille en partie de son aspect didactique, lié en particulier aux symboles maçonniques. La Lumière et la Nuit se disputent certes l’accès au temple, mais les personnages perdent en épaisseur, et Papageno sa puissance comique. L’opus ainsi édulcoré peut sembler trop sucré. Par analogie, imagine-t-on représenter L’Opéra de Quat’sous amputé des dialogues de Brecht ?

JACQUES FRESCHEL

Juin 2012