Critique: Yukari Ishikawa et Jean-Marc Aymes : quatre mains pour un clavecin
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Yukari Ishikawa et Jean-Marc Aymes : quatre mains pour un clavecin

Mozart avant le piano

Yukari Ishikawa et Jean-Marc Aymes : quatre mains pour un clavecin - Zibeline

On a tellement l’habitude d’entendre les œuvres de Mozart interprétées sur les grands Steinway de concert, que l’on en oublie ses débuts. Le clavecin fut le premier instrument du jeune Mozart : il apprend à en jouer à trois ans, et ses premières compositions (1762) sont écrites pour le clavecin… Concerto Soave conviait le public à la présentation de pièces peu jouées, ajoutant à leur rareté des versions à quatre mains. Jean-Marc Aymes et sa brillante élève Yukari Ishikawa (au parcours déjà moult fois primé) conjuguèrent leur virtuosité pour les sonates à quatre mains du jeune Mozart (1756-1791), l’Allegro de la Sonate à quatre mains en Do majeur, K.521 et la Sonate à quatre mains en Ré majeur, K.381. Ombre du frère et la sœur ? On imagine alors le petit Wolfgang et Nannerl, en un dialogue vif et animé, faisant répondre les thèmes, se lançant à l’assaut de variations acrobatiques, émulation de rapidité, d’imagination… Tout est là déjà, l’art du contrepoint, le sens de la mélodie, des correspondances harmoniques, le goût de l’éclat qui sait s’assagir avant de nouveaux emportements… Curiosité, jouée avec finesse par Yukari Ishikawa, la transcription pour clavecin seul de la Fantaisie en fa majeur, K. 594 que Mozart composa pour orgue mécanique, fort en vogue à l’époque, alliant brillance et gravité. On retrouvait aussi l’efficacité de l’entrepreneur et homme d’affaires Joseph Nicolas Pancrace Royer (1703-1755) dans des extraits de ses Pièces pour clavecin de 1748, dont la célèbre Marche des Scythes, son ostinato rutilant auquel répondait la douceur de La Sensible… Sans doute, Mozart rencontra-il, lors de son premier voyage à Paris avec son père Léopold, Jacques Duphly (1715-1789), qui en était le professeur le plus recherché. Jean-Marc Aymes sourit en rappelant que ce musicien naquit l’année de la mort de Louis XIV et mourut l’année de la Révolution, quoique, en 1788, un avis de recherche fut lancé à son propos, car il avait « disparu ». Emblématiques d’une période, (le clavecin « post-Couperin »), ses pièces sont fortement influencées par le genre de l’opéra, sa vocalité, son ampleur, ses rythmes contrastés… La magie de ce délicat « salon de musique » tenait aussi à la complicité et à l’interprétation des deux musiciens, qui savent accorder au clavecin des nuances, des variations d’intensité, un moelleux, que l’on pourrait croire réservés au seul piano.

MARYVONNE COLOMBANI
Juin 2018

Concert donné le 1er juin, salle Musicatreize, Marseille

Photographie : Yukari Ishikawa et Jean-Marc Aymes  © Éric Bourillon


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