Vacuité d'égos contrariés et atermoiements de l’âme, Vents contraires de Jean-René Lemoine s'est joué au Gymnase, à Marseille

Mortifères passionsVu par Zibeline

Vacuité d'égos contrariés et atermoiements de l’âme, Vents contraires de Jean-René Lemoine s'est joué au Gymnase, à Marseille - Zibeline

« Tu es un éjaculateur en différé ! » C’est sur une échevelée scène de rupture, poignante confession d’un amour évaporé, que s’ouvre Vents Contraires. Marie égraine à Rodolphe ses motifs d’insatisfaction, ce cruel instant où advient la « fin du sortilège amoureux » aurait dit Marcel Proust. Ne restent alors que la lassitude, le sentiment d’oppression devant un corps périmé, une tendresse émoussée, et cette angoisse sourde qui comprime le ventre quand on en est réduit à lire l’étiquette de la confiture devant le ciel bas et lourd de la table du petit-déjeuner. Lequel Rodolphe, aimé de Marthe, fréquente en secret Salomé, pour laquelle se consume d’amour Leïla, au point d’abandonner Camille… Les vents contraires éponymes, ce sont ceux qui régissent les atermoiements de l’âme humaine à l’œuvre dans la vie de couple, quand le souffle de la passion le dispute à la tempête de la jalousie, avant la pernicieuse accalmie de l’ennui.

Après deux monologues, le dramaturge Jean-René Lemoine revient à une pièce chorale, cherchant dans la monstration de cette « ronde frénétique de passions contrariées » à faire saillir la vacuité des égos contrariés, aveugles au monde qui se délite autour d’eux. En fond de scène, un miroir géant, tour à tour barrière ou passage vers un ailleurs, permet de mieux contempler les soubresauts et ricochets stériles de ces âmes paniquées. Coproduite par la MC93, la pièce laisse éclater de belles personnalités au plateau, telle l’élégante Anne Alvaro ou la troublante Océane Cairaty. Assumée, la représentation d’un parisianisme aisé pourra agacer par moments -ces sashimi dégustés en feuilletant mollement Télérama, cette outrancière description du milieu de la mode, ces ritournelles pop systématisées par Joël Pommerat-, se révéler cruel ou irrésistible à d’autres -la prostitution des étudiantes en HEC, la crudité des nuits sans sommeil échouées devant M6… Les instantanés volés se télescopent à l’issue de fondus au noir, et le puzzle d’une misère citadine éminemment contemporaine se reconstitue peu à peu : « il ne faut pas avouer aux gens qu’on aime qu’on les aime, car c’est le premier qui avoue qui doit purger la peine ».

JULIE BORDENAVE
Février 2020

Vents contraires jouait du 6 au 8 février au Théâtre du Gymnase, Marseille

Photo : © Jean-Louis Fernandez

Théâtre du Gymnase
4 rue du Théâtre Français
13001 Marseille
08 2013 2013
http://www.lestheatres.net/