Vu par Zibeline

Berliner Mauer au Théâtre Jean-Claude Carrière du Domaine d’O

Monument historique

Berliner Mauer au Théâtre Jean-Claude Carrière du Domaine d’O - Zibeline

C’était il y a tout juste 30 ans, et ils ont tous (15 fringants comédiens) environ l’âge de sa chute. Le Mur de Berlin est tombé le 9 novembre 1989, et de cette nuit-là, tout le monde se souvient, « même ceux qui n’étaient pas encore nés », comme l’affirment Julie Bertin et Jade Herbulot, les deux conceptrices et metteures en scène de Berliner Mauer. Le spectacle, fresque pointilliste balayant l’histoire de Berlin entre la fin de la Deuxième Guerre mondiale et l’abolition de la frontière entre le bloc communiste et la vitrine du monde capitaliste, créé en 2013, est repris cet automne. Alors défile, en costumes d’époque chaque fois très évocateurs, une kyrielle de silhouettes, incarnant des personnages parfois très connus : soit dévolus à représenter l’événement historique en farce presque clownesque (les Accords de Yalta avec les trois maîtres du monde Staline, Roosevelt, Churchill), soit, et c’est bien plus réussi, comme des figures « piqure de rappel » (Kennedy et son « Ich bin ein Berliner », l’African reggae de Nina Hagen, les réflexions désenchantées d’Heiner Müller). Et la palette se complète avec une série de moments qui fonctionnent comme les illustrations d’un livre d’histoire : le creusement d’un tunnel, la Stasi qui veille et torture (tiens, voilà que l’accent allemand surgit tout d’un coup…). Mais les meilleurs moments sont finalement ceux où la subjectivité s’autorise un passage entre les faits consignés. L’hémorragie de l’Est vers l’Ouest avant l’érection du Mur, la polyphonie fébrile avant sa chute, la journaliste qui se laisse dépasser par son excitation d’être là pendant que se joue l’Histoire : le théâtre existe vraiment là, dans cette liberté de réappropriation scénique des événements. Le dispositif, coupant le plateau en deux, séparant le public d’un côté ou l’autre de l’échiquier politique, entretient un manque bienvenu, suggère très efficacement l’invisible proximité, nourrit l’espoir et la crainte d’un monde à venir.

ANNA ZISMAN
Octobre 2019

Berliner Mauer a été joué au Théâtre Jean-Claude Carrière du Domaine d’O à Montpellier les 10 & 11 octobre

Photographie : Berliner Mauer © Denis Manin


Domaine d’O
178 rue de la Carriérasse
34090 Montpellier
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