Renaud Capuçon et David Fray envoûtent le Parc du Château de Florans

Monstres sacrésVu par Zibeline

• 18 août 2015 •
Renaud Capuçon et David Fray envoûtent le Parc du Château de Florans - Zibeline

Parmi les nombreux sommets du Festival de la Roque d’Anthéron, on peut compter indubitablement celui du duo Renaud Capuçon, David Fray, dans l’écrin du parc du château de Florans, pour un programme de sonates croisées entre Bach et Beethoven. Celle pour violon et clavier n° 5 en fa mineur du premier, ouvre le récital, comme une première approche, histoire de s’éprouver l’un l’autre, de se mesurer discrètement, dessiner les contours des registres, aiguiser ses gammes en établissant une complice fusion. Éclatante alors la Sonate pour violon et piano n°5 de Beethoven ; à la sagesse initiale de Bach, belle, mais un peu trop sage sans doute, l’attaque du violon apporte un son transformé, plein, épanoui, libéré, auquel le piano répond avec vivacité et profondeur. Dialogue virtuose et enjoué, jaillissements, poésie du Printemps -surnom de cette composition-. On entend le grondement lointain d’un orage, mais la vie dans sa fausse fragilité l’emporte, les voix des instruments se croisent, racontent chacune une histoire, puis se mêlent, aérienne harmonie. Et tant pis si certains applaudissent entre les mouvements, rompant avec les conventions ; il s’agit d’un hommage sincère rendu au talent, à la beauté. Le second passage de Bach, Sonate pour violon et clavier n° 4, est inondé de cette force, jeu lié, phrasé délicat, pureté de la ligne mélodique… deux extraits seront repris en bis, laissant l’auditoire sur une note rêveuse, en suspens. Auparavant, avec la Sonate pour violon et piano n° 7 de Beethoven, nous entrions dans un univers de miroirs où le monde entretient de subtiles correspondances. Échos entre les mots du piano et ceux du violon, tensions qui se résolvent avec fougue, pizzicati enlevés, notes perlées, traits brillants, modulations tout en finesse. Les instrumentistes dansent. Renaud Capuçon devient arbre, le violon n’est que le prolongement d’une âme, David Fray, courbé sur le clavier, est le piano. Les cordes frappées, frottées, pincées, s’affranchissent de la matière tout en la rendant palpable. La technique parfaite des deux interprètes sert le propos avec une intelligence et une sensibilité rares.

MARYVONNE COLOMBANI
Août 2015

Concert donné le 18 août au parc du Château de Florans, dans le cadre du festival de la Roque d’Anthéron.

Photographie © Christophe Gremiot