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Un magistral Rigoletto clôt la saison lyrique marseillaise

Misère et gloire des bouffons

Un magistral Rigoletto clôt la saison lyrique marseillaise - Zibeline

Pour clore sa saison lyrique, l’Opéra de Marseille a choisi de reprendre la mise en scène de Rigoletto par Charles Roubaud coproduite avec les Chorégies d’Orange, où elle avait été donnée il y a deux ans. Comme pour le Turandot du même metteur en scène donné fin avril, la transition du gigantisme du Théâtre Antique à la scène de l’Opéra ne sacrifie pas la substance de la scénographie et ajoute un écrin d’intimité au très beau décor d’Emmanuelle Favre. Celui-ci est dominé par un sceptre de bouffon que les vidéos de Virgile Koering viennent colorer pour figurer tour à tour la fête du Duc ou la maison de Rigoletto, et transformer ce hochet symbolique tantôt en menace latente, tantôt en refuge trompeur. La transposition de l’action à la Belle Epoque est suggérée par les costumes de Katia Duflot mais aussi par le jeu d’acteur, qui puise dans ce sens du théâtre une vérité défaite d’un naturalisme forcé.

La partition de Rigoletto compte parmi les plus belles de Verdi : la direction musicale de Roberto Rizzi-Brignoli, minutieuse mais expansive, rend justice à la sophistication technique et à l’inventivité harmonique de ses airs les plus célèbres et de ses tableaux les plus virtuoses. Le Chœur de l’Opéra de Marseille, résumé à sa partie masculine, anime avec entrain et précision la foule moqueuse des courtisans, hostile aux remontrances du bouffon Rigoletto.

Le casting vocal s’avère quant à lui magistral. La soprano Jessica Nuccio, spécialiste du rôle de Gilda, et le ténor sicilien Enea Scala montent en puissance jusqu’à un acte III remarquable. Les rôles secondaires ne sont pas en reste : Alexey Tikhomirov se distingue dans le rôle du sinistre tueur Sparafucile ; Julien Véronèse campe un Monterone à l’envergure de Commandeur. Mais la vedette de la soirée est sans conteste le baryton Nicola Alaimo, connaisseur du répertoire verdien qui effectue une prise de rôle bouleversante. Son Rigoletto ambigu, vaincu par les puissants, et rendu ailleurs ridicule ou malaimable, triomphe ici avec la stature des plus grands tragédiens.

SUZANNE CANESSA
Juin 2019

Rigoletto a été donné du 1er au 11 juin à l’Opéra de Marseille

Photographie : Rigoletto © Christian DRESSE


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